Ce dimanche, le pape François visitera Ajaccio, marquant ainsi une étape symbolique en Corse. Pendant son séjour, il clôturera un colloque international consacré à la religiosité en Méditerranée, un thème central de son pontificat. Par cette visite, il soulignera l’importance qu’il accorde à la Méditerranée, qu’il considère comme un carrefour culturel et spirituel majeur.
Un choix révélateur pour son pontificat
Tout d’abord, en choisissant la Corse, le pape François montre une préférence claire pour des lieux en phase avec sa vision pastorale. Contrairement à des événements tels que la réouverture de Notre-Dame de Paris, qu’il juge trop politisés et tournés vers le passé, la Corse incarne son idéal. En effet, cette île méditerranéenne, marquée par une religiosité populaire forte, illustre parfaitement son désir d’une Église enracinée dans les périphéries.
De plus, Éric Sénanque, correspondant à Rome, explique que cette décision résonne avec les origines argentines du pape. Ce dernier se rappelle avec émotion les processions du Vendredi saint de son enfance, auxquelles il participait aux côtés de sa grand-mère. Il valorise cette foi populaire, qu’il qualifie de « système immunitaire de l’Église ». En 2007, alors archevêque de Buenos Aires, il avait déjà rédigé le document d’Aparecida, qui réaffirmait l’importance de la piété populaire en Amérique latine.
Un engagement constant envers la Méditerranée
Ensuite, cette escale corse s’inscrit dans une série de visites que le pape François a réalisées dans la région méditerranéenne, après des déplacements à Chypre, Malte, Lesbos, Lampedusa et, plus récemment, Marseille. En se rendant à Ajaccio, il continue à mettre en lumière les défis contemporains que représente cette région, tels que le dialogue interreligieux et l’accueil des migrants. Toutefois, contrairement à son discours à Marseille, où il avait abordé directement la question migratoire, les orientations précises de son allocution à Ajaccio restent encore inconnues.
Une ville en pleine effervescence
Par ailleurs, Ajaccio s’organise intensément pour accueillir le pape François, une visite sans précédent pour cette île de 350 000 habitants. Les autorités locales ont vidé les rues des voitures en imposant des interdictions de stationnement. Dans la cité impériale, des drapeaux papaux jaune et blanc, mêlés parfois aux couleurs de la bandera corse, décorent désormais les avenues. Une immense croix rouge a également été installée sur la façade d’un hôtel, traduisant l’enthousiasme des habitants.
De plus, les forces de l’ordre ont déployé un dispositif impressionnant. Avec l’arrivée de 2 200 policiers, gendarmes et militaires en renfort, les autorités locales, dirigées par le préfet Jérôme Filippini, veulent garantir la sécurité d’un événement d’une telle envergure.
Une organisation inattendue
Les circonstances entourant l’organisation de cette visite ont surpris beaucoup de monde. Le Vatican a contourné la hiérarchie habituelle de l’Église de France, qui a appris la nouvelle tardivement. François Mabille, chercheur au CNRS, attribue cette situation aux liens étroits entre le pape François et l’évêque d’Ajaccio, François-Xavier Bustillo, devenu cardinal l’an dernier. Très apprécié dans l’île, Mgr Bustillo suscite parfois des spéculations sur son éventuel avenir en tant que papabile, une notoriété qui divise certains cercles romains.
Par cette visite en Corse, le pape François renforce son dialogue avec les communautés méditerranéennes tout en réaffirmant sa vision d’une Église proche des peuples et des défis contemporains.
