Au Sénégal, des milliers d’enfants grandissent sans existence juridique. Faute d’enregistrement à l’état civil à la naissance, ils sont exclus des droits fondamentaux et exposés à une marginalisation persistante.
Un problème souvent invisible
Dans de nombreuses localités, notamment rurales, il n’est pas rare de croiser des enfants âgés de 7, 10 voire 15 ans, qui ne possèdent ni extrait de naissance, ni pièce d’identité. Ces enfants, pour l’administration, n’existent tout simplement pas.
L’absence de déclaration à l’état civil empêche ces jeunes d’accéder à l’école au-delà du primaire, de passer des examens officiels, d’être soignés correctement ou de prétendre à des aides sociales.
Des causes multiples
Ce phénomène trouve ses racines dans plusieurs facteurs : éloignement des centres d’état civil, ignorance des procédures, coûts indirects du transport, ou parfois tout simplement négligence. À cela s’ajoutent les accouchements à domicile non enregistrés et les mariages précoces sans formalisation.
Dans certaines zones, le manque de sensibilisation des parents et l’inefficacité de l’administration locale contribuent à la prolifération du phénomène.
Des vies entravées
Pour ces enfants devenus adolescents, l’absence d’existence légale devient un lourd fardeau. Pas de CNI, pas d’emploi formel, pas de vote, pas de liberté de mouvement. Beaucoup finissent dans l’économie informelle, ou dans l’errance, sans possibilité de régulariser leur situation une fois adultes.
Des jeunes brillants ne peuvent passer le bac ou s’inscrire à l’université faute de papiers. D’autres vivent dans la peur permanente d’un contrôle policier.
Un enjeu de citoyenneté et de développement
Le gouvernement sénégalais a lancé plusieurs campagnes de régularisation tardive et de sensibilisation. Mais les moyens restent limités. Des ONG et des associations locales jouent un rôle crucial dans le plaidoyer et l’appui aux familles.
Pour certains juristes, ce défi est aussi une question de justice sociale : un enfant non déclaré est privé d’un droit fondamental, celui d’exister aux yeux de la République.
Vers une réforme de l’état civil ?
Une réforme numérique de l’état civil est en cours, avec des projets de digitalisation, de registre national intégré et de formation du personnel. Mais la réussite dépendra de l’accessibilité dans les zones reculées et de la volonté politique de faire de ce sujet une priorité.
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