Lundi 14 juillet, une attaque contre un convoi militaire malien dans le nord du pays a mis en lumière une coordination de plus en plus manifeste entre les rebelles indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les jihadistes du Jnim, affiliés à al-Qaïda.
Ce jour-là, un convoi des Forces armées maliennes (Fama), parti de Kidal dans la matinée en direction d’Anefis, a été pris pour cible à Alkit, selon le FLA. Le convoi comprenait quatre véhicules, dont un blindé. D’après les rebelles, ils ont détruit ou capturé tous les véhicules et causé plusieurs pertes humaines dans les rangs de l’armée. Si l’armée malienne a reconnu des combats via un communiqué, elle n’a fourni aucun détail sur l’issue de l’affrontement, et n’a pas donné suite aux sollicitations de RFI.
En réaction, une riposte limitée des forces maliennes
En réponse à l’attaque, l’armée aurait lancé une frappe de drone à Djounhane, mais celle-ci aurait manqué sa cible. Par ailleurs, le FLA affirme avoir touché un hélicoptère malien, contraint à un atterrissage d’urgence à Kidal. Quelques soldats maliens auraient toutefois réussi à fuir en se cachant dans les collines environnantes.
Dans le même temps, un convoi logistique parti de Gao jeudi dernier a réussi à atteindre Anefis vendredi matin. Cependant, il est resté immobilisé depuis, ce qui traduit une situation sécuritaire toujours instable dans la région.
Une coordination tactique entre le FLA et le JNIM
Autre fait marquant, l’attaque d’Alkit n’a pas été menée uniquement par le FLA. Plusieurs sources locales concordantes indiquent que des éléments du Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), affilié à al-Qaïda, y ont également participé.
Même si les responsables du FLA réfutent le terme d’« opération conjointe », ils admettent une forme de coordination sur le terrain. Concrètement, selon un combattant du FLA, les deux groupes ont mené des assauts successifs contre les mêmes cibles, sans agir côte à côte.
Ce type de coopération s’inscrit dans le cadre d’un pacte de non-agression entre les deux entités, qui partagent un même ennemi : les forces maliennes et leurs alliés russes de l’Africa Corps. Depuis décembre 2023, des négociations sont en cours pour formaliser cette alliance à travers la création d’un état-major commun.
L’embuscade d’Alkit semble confirmer cette dynamique, même si aucun accord officiel n’a encore été signé. « Les discussions se poursuivent », a précisé un cadre du FLA.
Deux groupes qualifiés de « terroristes » par Bamako
Officiellement, les autorités de transition maliennes considèrent le FLA et le Jnim comme des groupes terroristes. Le FLA rassemble d’anciens signataires de l’accord de paix de 2015, qu’ils ont dénoncé après la rupture unilatérale par Bamako en janvier 2024. Depuis, ils ont repris les armes pour revendiquer l’indépendance de l’Azawad, dans le nord du pays.
De leur côté, les jihadistes du Jnim, qui n’ont jamais participé aux négociations de paix, visent à imposer la charia dans l’ensemble du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Contrairement au FLA, qui évite de s’en prendre aux civils et ne pratique pas d’enlèvements, le Jnim bloque des villes entières et détient des dizaines d’otages.
Un précédent qui alerte
Enfin, cette embuscade d’Alkit illustre une évolution inquiétante dans la nature du conflit malien. Certes, des précédents existent notamment à Tinzaouatène en juillet 2023, où les deux groupes avaient attaqué les forces maliennes de façon successive , mais l’opération d’Alkit suggère une volonté croissante de convergence stratégique.
Selon l’ONU, des groupes armés contrôlent 90 % de la capitale malienne, plaçant ainsi les autorités maliennes face à un défi sécuritaire majeur renforcé par l’alliance de fait entre indépendantistes et jihadistes.