Une cargaison de matériel militaire léger, en provenance de Chine et à destination des rebelles indépendantistes du nord du Mali, a été interceptée au port de Lomé. Cette opération conjointe met en lumière le rôle actif des services de renseignement nigérien et l’appui logistique du Togo.

L’armée malienne a annoncé, mardi 22 juillet au soir, la saisie d’un important lot d’équipements militaires présumés destinés à une « organisation terroriste », sans nommer explicitement le Front de libération de l’Azawad (FLA). Pourtant, les images diffusées par la télévision nationale ORTM ont clairement montré des écussons siglés aux couleurs du groupe indépendantiste actif dans le nord du pays.

Dans son communiqué, l’état-major malien s’est félicité de la « parfaite coordination » entre les services de renseignements de l’Alliance des États du Sahel (AES), et a salué « l’appui d’un pays frère ». Il a également dénoncé « l’implication d’entités étrangères » dans ce qu’il qualifie de « tentative de déstabilisation ».

Une cargaison chinoise interceptée à Lomé

Selon les informations de RFI, la cargaison – composée de 20 canots pneumatiques, 4 000 tenues de treillis, autant de turbans et plus de 3 000 paires de rangers – provenait de Chine. Les enquêteurs n’ont retrouvé aucun armement, mais ils ont constaté que l’ensemble du lot portait des signes distinctifs associés au FLA.

C’est grâce aux renseignements transmis par les services nigériens que cette cargaison a été interceptée au port de Lomé, au Togo. Par la suite, un avion militaire du Niger a transporté les équipements saisis jusqu’à Bamako. Ni les autorités togolaises, qui ont invoqué la confidentialité des questions sécuritaires, ni le gouvernement nigérien n’ont souhaité s’exprimer publiquement sur cette opération.

Une commande indirecte du FLA ?

Les éléments disponibles laissent penser que le FLA n’aurait pas commandé directement cette cargaison. Plusieurs cadres du mouvement affirment qu’un commerçant de Gao, dans le nord du Mali, a importé les équipements via un sous-traitant, dans le but de les revendre ensuite au FLA. Un procédé courant, affirment-ils, soulignant qu’il est facile de se procurer ce type de matériel dans la sous-région.

Les autorités maliennes, elles, n’excluent aucune piste. « Les enquêtes sont en cours », précise une source sécuritaire, qui se montre toutefois sceptique quant à cette version des faits.

Des accusations floues d’ingérences étrangères

Si l’armée malienne a évoqué dans son communiqué « l’implication d’entités étrangères », elle n’a désigné aucun pays.Les autorités maliennes ne mettent pas directement en cause la Chine, d’où proviennent les équipements. Pékin, considéré comme un allié stratégique de Bamako, ne fait l’objet d’aucun soupçon de soutien à cette opération.

Mais pour certains observateurs, cette accusation floue fait écho à une rhétorique désormais bien rodée. « C’est un discours générique, un moyen d’alimenter l’idée d’un complot international », explique une source sécuritaire malienne. Un haut responsable nigérien ajoute : « Ils veulent probablement faire porter la responsabilité à la France ou à l’Algérie. »

Dans un contexte de transition politique sous haute tension, les autorités maliennes, comme leurs alliés du Niger et du Burkina Faso, utilisent fréquemment ce type de discours pour galvaniser l’opinion nationale et renforcer la légitimité de leurs choix sécuritaires.

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