À l’approche du Magal, la ferveur religieuse se mêle de plus en plus à des pratiques qui s’éloignent de sa signification originelle, faisant craindre une dénaturation progressive de cet événement majeur du mouridisme.
Célébration phare de la communauté mouride, le Magal de Touba reste avant tout un moment de recueillement, de prière et de commémoration du départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba. Pourtant, ces dernières années, les observateurs notent une montée en puissance d’un certain folklore qui prend parfois le pas sur la spiritualité. Concerts improvisés, animations bruyantes et démonstrations ostentatoires se multiplient autour de la cité religieuse, transformant certains espaces en véritables scènes de divertissement.
À cela s’ajoute un gaspillage alimentaire et matériel préoccupant. Des quantités astronomiques de nourriture sont préparées pour impressionner, mais finissent parfois à la poubelle, faute d’organisation dans la distribution. Les dépenses somptuaires engagées par certaines familles ou dahiras, dans une logique de surenchère, interrogent sur la place réelle du partage et de la sobriété dans ces préparatifs.
Par ailleurs, une concurrence implicite s’installe entre groupes, quartiers ou familles, chacun cherchant à faire plus grand, plus visible, plus médiatisé. Une dynamique qui, selon certains dignitaires religieux, risque de vider le Magal de sa substance spirituelle au profit d’une course à l’image et au prestige.
Des voix s’élèvent déjà pour appeler à un retour à l’essence du Magal, centré sur le message de Cheikh Ahmadou Bamba : l’adoration de Dieu, l’endurance face aux épreuves et le service désintéressé de la communauté. « Le Magal n’est pas une compétition ni une fête mondaine, c’est un acte de foi », rappellent régulièrement les guides religieux.
Si l’effervescence populaire est l’un des charmes du Magal, son équilibre avec la dimension spirituelle reste un défi crucial pour préserver l’âme de cette célébration unique.
