Exilé en Algérie depuis décembre 2023, l’imam Mahmoud Dicko multiplie les initiatives politiques. Selon des révélations du journaliste Wassim Nasr, il travaillerait à fédérer l’opposition malienne, y compris des groupes armés, dans une dynamique susceptible d’inquiéter le pouvoir de Bamako.

Une figure religieuse redevenue centrale

Figure religieuse influente au Mali, l’imam Mahmoud Dicko a joué un rôle déterminant dans le mouvement de contestation qui a provoqué la chute de l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta. Surnommé le « faiseur de roi », il a d’abord entretenu des relations avec les cinq colonels arrivés au pouvoir après le coup d’État.

Cependant, il a rapidement adopté une posture critique à l’égard des nouvelles autorités. Cette prise de distance l’a placé dans le viseur des hommes forts de Bamako.

Un exil stratégique, des apparitions remarquées

Tombé en disgrâce, le natif de Tombouctou a quitté le Mali pour s’installer en Algérie en décembre 2023. Depuis, ses partisans annoncent régulièrement son retour à Bamako, sans que celui-ci ne se concrétise.

Récemment, il est apparu à Nouakchott, en Mauritanie, à l’occasion de la 6e édition de la Conférence africaine pour la promotion de la paix. Cette sortie publique relance les spéculations sur ses ambitions politiques.

Une volonté d’unir l’opposition

Interrogé par le journaliste Wassim Nasr de France 24, l’imam s’est imposé comme la figure centrale de la Coalition des Forces pour la République (CFR), un parti d’opposition nouvellement créé.

Selon Wassim Nasr, Mahmoud Dicko nourrit peu d’espoir quant à une négociation directe avec la junte au pouvoir. Il privilégie plutôt une stratégie de réconciliation nationale en cherchant à fédérer les différentes composantes de l’opposition malienne.

Ainsi, il travaillerait à rapprocher le CFR, d’autres figures politiques opposées au régime, le Front de Libération de l’Azawad (FLA) à dominante touarègue, mais également le JNIM, affilié à Al-Qaïda au Sahel.

Le rôle clé du JNIM dans les équilibres actuels

Toujours selon le journaliste, l’imam Dicko demeure l’une des rares personnalités respectées par l’ensemble des parties, y compris le JNIM, qui accepterait son rôle de médiateur.

Wassim Nasr va plus loin en affirmant que le JNIM « donne le la » dans cette dynamique d’union. D’après lui, le groupe jihadiste constituerait aujourd’hui une force militaire capable d’imposer ses choix dans plusieurs régions du Mali, y compris aux abords de la capitale.

Dans cette configuration, le JNIM rechercherait un interlocuteur politique crédible à travers le CFR et certaines composantes de l’opposition.

Une menace politique pour Bamako ?

Si l’on se fie à ces déclarations, Mahmoud Dicko favoriserait un rapprochement stratégique entre forces politiques d’opposition et groupes armés. Il se montrerait même favorable à l’inclusion du JNIM dans d’éventuelles négociations pour un retour à la paix.

Un tel jeu d’alliances pourrait fragiliser davantage le pouvoir de transition à Bamako. Dans ce contexte, la question se pose avec insistance : Assimi Goïta doit-il redouter l’influence persistante de l’imam Dicko et la recomposition en cours de l’opposition malienne ?

L’évolution de ces rapports de force pourrait peser lourdement sur l’avenir politique et sécuritaire du Mali.

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