Au Sénégal, une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux alimente depuis plusieurs jours le débat public. On y voit le professeur d’histoire-géographie et chroniqueur Arona Niang affirmer que le lait en poudre contiendrait une forte dose d’aluminium susceptible d’affecter la santé et les capacités mentales des enfants. Face à ces déclarations, une vérification s’impose afin de distinguer les faits scientifiques des affirmations non étayées.

Une déclaration qui suscite la polémique

Ces dernières semaines, Arona Niang multiplie les interventions médiatiques et les prises de position controversées. Parmi elles, une séquence vidéo retient particulièrement l’attention.

Dans cette intervention, le chroniqueur soutient que le lait en poudre contiendrait de l’aluminium, qu’il présente comme une composante dominante utilisée pour transformer le lait liquide en poudre. Selon lui, cette substance, consommée par les enfants dès le bas âge, entraînerait une baisse du quotient intellectuel, provoquerait des troubles du comportement et altérerait précocement la vision.

Il ajoute également que cette situation résulterait d’un système ancien remontant à l’époque des indépendances africaines et que les différents régimes politiques n’auraient jamais réussi à corriger.

Une vérification en trois points

Pour évaluer la crédibilité de ces affirmations, nous avons examiné la question sous trois angles :

  • La présence éventuelle d’aluminium dans le lait en poudre
  • Le rôle de l’aluminium dans le processus de transformation du lait
  • Les effets possibles de cette substance sur la santé physique et mentale des enfants

Nous avons également vérifié si cette situation pouvait réellement s’inscrire dans un système mis en place depuis les indépendances.

Aluminium dans le lait en poudre : une présence possible mais non volontaire

Les études scientifiques montrent effectivement que certaines analyses ont détecté des traces d’aluminium dans des laits infantiles en poudre. Les concentrations moyennes observées se situent autour de 153 microgrammes par litre pour les laits de premier âge et environ 198 microgrammes pour ceux du deuxième âge.

Cependant, ces données doivent être interprétées avec prudence. Les chercheurs ne considèrent pas l’aluminium comme un ingrédient volontaire du lait en poudre. La présence de cette substance s’explique plutôt par des phénomènes de contamination, notamment liés aux emballages, aux équipements industriels ou à certains ingrédients.

Le processus de transformation du lait : l’aluminium n’intervient pas

Contrairement à ce qu’affirme Arona Niang, l’aluminium ne joue aucun rôle dans la transformation du lait liquide en poudre.

Les industriels utilisent deux procédés principaux : l’évaporation-séchage ou la pulvérisation, également appelée spray drying. Dans ces méthodes, les fabricants retirent simplement l’eau du lait afin d’obtenir une poudre stable et facile à conserver.

Aucune étape de ce processus n’emploie l’aluminium comme composante ou agent de transformation.

Les effets sur la santé : un risque potentiel mais pas prouvé dans ce cas

Les recherches scientifiques reconnaissent que l’aluminium peut être potentiellement neurotoxique en cas d’exposition excessive. Une accumulation importante dans l’organisme peut, dans certaines circonstances, affecter le système nerveux.

Toutefois, les études disponibles ne démontrent pas que la consommation de lait en poudre entraîne une baisse du quotient intellectuel chez les enfants. De plus, les quantités d’aluminium généralement détectées dans les laits infantiles restent le plus souvent en dessous des seuils de sécurité fixés par les autorités sanitaires européennes.

Un « système » datant des indépendances : aucune preuve historique

Arona Niang évoque également l’existence d’un système mis en place depuis les indépendances africaines pour expliquer la présence d’aluminium dans le lait en poudre.

Or, aucune étude historique ou scientifique crédible ne vient étayer cette hypothèse. Certes, le lait en poudre est distribué en Afrique depuis les années 1950 et 1960, à la fois pendant la période coloniale et après les indépendances. Mais aucune source sérieuse n’établit un lien entre cette distribution, l’aluminium et une politique intentionnelle visant les populations africaines.

Cette affirmation relève donc davantage d’une opinion personnelle ou politique que d’un fait démontré.

Le profil de l’auteur des déclarations

Il convient également de rappeler qu’Arona Niang est professeur d’histoire et de géographie, mais qu’il n’est ni toxicologue, ni nutritionniste, ni médecin.

Par ailleurs, ses prises de position ont déjà suscité des controverses. Dans le passé, l’Ordre des médecins avait déposé plainte contre lui après des accusations selon lesquelles le personnel médical aurait volontairement transmis le coronavirus aux populations. En mai 2025, la justice sénégalaise l’a également condamné pour diffusion de fausses nouvelles.

Conclusion : des affirmations largement infondée

En définitive, les vérifications montrent que si des traces d’aluminium peuvent effectivement apparaître dans certains laits en poudre, il s’agit d’une contamination accidentelle et non d’un ingrédient utilisé dans leur fabrication.

En revanche, les affirmations selon lesquelles l’aluminium servirait à transformer le lait, provoquerait une baisse du quotient intellectuel des enfants ou s’inscrirait dans un système organisé depuis les indépendances ne reposent sur aucune preuve scientifique solide.

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