Selon le quotidien Wal Fadjri, citant plusieurs sources internes, les tensions politiques entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko pourraient connaître une nouvelle escalade dans les prochains mois. Après le lancement de la coalition « Diomaye-Président », les partisans du leader de Pastef auraient mis en place une stratégie de riposte structurée autour de trois axes : législatif, financier et politique.
Le front législatif : préparer l’échéance de 2029
Sur le plan législatif, la priorité serait de sécuriser l’avenir politique d’Ousmane Sonko. Selon le journal du groupe de presse de Front de Terre, les députés de Pastef, forts de leur large majorité à l’Assemblée nationale du Sénégal — avec 130 élus sur 165 — envisagent de modifier le Code électoral.
La réforme viserait particulièrement les articles L29 et L30, qui avaient contribué à rendre Sonko inéligible lors de l’élection présidentielle de 2024. Pour les partisans du Premier ministre, l’objectif est d’éviter qu’un candidat puisse être exclu de la compétition électorale à l’avenir.
Waly Diouf Bodiang, responsable influent du parti, cité par la même source, justifie cette initiative :
« Puisque nous avons la majorité à l’Assemblée nationale, il faut réformer le code électoral pour que désormais aucun président ne puisse exclure un candidat. Si ces articles n’existaient pas, le président de la République s’appellerait Ousmane Sonko. »
La bataille des « caisses noires »
Parallèlement, un autre front se dessine sur le terrain budgétaire. Plusieurs députés proches du Premier ministre souhaitent encadrer davantage les fonds politiques attribués à la Présidence.
Le député Guy Marius Sagna a ainsi annoncé le dépôt d’une proposition de loi visant à réglementer ces ressources. De son côté, El Hadji Ousmane Fall a adressé plusieurs questions écrites au gouvernement afin d’obtenir des clarifications sur leur gestion.
L’enjeu porte sur près de huit milliards de francs CFA inscrits dans la loi de finances 2024. Selon les initiateurs de cette démarche, l’objectif serait d’empêcher l’utilisation de ces fonds à des fins de ralliement politique, une pratique souvent dénoncée sous les précédents régimes.
La relance de la coalition APTE
Sur le plan politique, Ousmane Sonko envisagerait également de relancer la coalition APTE afin de constituer un contrepoids au bloc « Diomaye-Président ».
Dans cette perspective, un « ndogou de clarification » doit se tenir samedi prochain dans un grand hôtel de Dakar. Cette rencontre devrait permettre aux alliés du Premier ministre de resserrer les rangs et de définir une stratégie commune face au camp regroupant notamment Aminata Touré et Abdourahmane Diouf.
L’obstacle de la promulgation présidentielle
Cependant, souligne Wal Fadjri, ces initiatives pourraient se heurter à un obstacle majeur : le pouvoir de promulgation du chef de l’État.
Même si les projets de réforme étaient adoptés sans difficulté par l’Assemblée nationale, leur entrée en vigueur dépendrait de la signature du président Bassirou Diomaye Faye. Or, il apparaît peu probable que ce dernier accepte de promulguer des lois susceptibles de réduire directement ses prérogatives ou sa marge de manœuvre financière.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs estiment que la rivalité politique entre les deux têtes de l’exécutif pourrait encore s’intensifier à l’approche des prochaines échéances électorales.
