Dans le sud et le sud-est de Madagascar, la crise alimentaire persiste et s’aggrave. Entre dérèglements climatiques et baisse des financements internationaux, les populations vulnérables font face à une situation de plus en plus alarmante.
Une crise chronique qui s’intensifie
À Madagascar, l’insécurité alimentaire continue de s’installer durablement. Selon Tania Goossens, directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) sur la Grande Île, près de 1,8 million de personnes vivent actuellement dans une « situation très préoccupante ».
Ces populations, principalement situées dans le sud et le sud-est du pays, subissent de plein fouet les conséquences des changements climatiques. En effet, les récoltes accusent des retards importants, aggravant ainsi la précarité alimentaire dans des zones déjà enclavées et historiquement marginalisées.
Les effets combinés du climat et du sous-développement
Dans ces régions, les habitants dépendent largement de l’agriculture pluviale. Toutefois, ils font face à des chocs climatiques répétés, notamment des épisodes de sécheresse.
Ainsi, la période de soudure, qui durait auparavant quatre mois, s’étend désormais jusqu’à six mois. Par conséquent, les cycles agricoles deviennent de plus en plus imprévisibles, fragilisant davantage les ménages.
Par ailleurs, ces populations souffrent d’un accès limité aux services sociaux de base. Le manque d’infrastructures, notamment routières, complique l’accès aux marchés. De ce fait, même lorsque des solutions existent, leur mise en œuvre reste difficile sans investissements dans la santé, l’éducation et l’accompagnement des petits producteurs.
Des facteurs externes qui aggravent la situation
En plus des difficultés structurelles, des facteurs externes viennent accentuer la crise. La conjoncture internationale, notamment au Moyen-Orient, entraîne une hausse des coûts de l’énergie, du transport et des denrées alimentaires.
Dès lors, ces augmentations pèsent directement sur des populations déjà fragiles, réduisant encore leur capacité à faire face à l’insécurité alimentaire.
Une aide humanitaire sous pression
Dans le même temps, les acteurs humanitaires peinent à mobiliser les ressources nécessaires. Bien que des pays comme la France, les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon contribuent au financement, les fonds deviennent de plus en plus difficiles à obtenir dans le contexte mondial actuel.
Concrètement, le PAM a dû faire face à une pénurie totale de stocks alimentaires en février et mars. En amont, l’organisation a réduit les rations distribuées aux familles afin de faire face à cette situation critique.
Des perspectives inquiétantes pour les mois à venir
À l’approche de la prochaine période de soudure, prévue à partir d’octobre, l’incertitude demeure totale. À ce stade, aucun financement n’est garanti.
Dans ce contexte, les acteurs humanitaires envisagent de concentrer leur aide sur les populations les plus sévèrement touchées, classées en phase 4 de l’indice IPC. Toutefois, une telle stratégie pourrait entraîner une aggravation de la situation pour les ménages en phase 3, qui risquent de basculer à leur tour dans l’urgence.
Un appel à la mobilisation internationale
Face à cette situation, le gouvernement malgache a lancé, fin janvier, un appel à la communauté internationale afin d’attirer l’attention sur l’urgence humanitaire dans le sud et le sud-est du pays.
Cependant, la situation s’est encore détériorée avec le passage des cyclones Gezani et Fytia, qui ont causé des pertes humaines et d’importants dégâts matériels.
Ainsi, plus que jamais, Madagascar appelle à une mobilisation rapide et coordonnée pour éviter une aggravation de cette crise alimentaire persistante.

