À l’occasion du centenaire de l’ancien président sénégalais, Amadou Sall revient sur l’héritage politique, démocratique et institutionnel d’Abdoulaye Wade. Entre hommage appuyé, regard critique et analyse de la situation politique actuelle, l’ancien garde des Sceaux retrace le parcours d’un homme qui a marqué l’histoire du Sénégal.

Un centenaire célébré entre hommage et reconnaissance

Ce vendredi, l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade célèbre ses 100 ans. Retiré à Versailles, près de Paris, aux côtés de son épouse Viviane Wade, l’ex-chef de l’État demeure, selon plusieurs proches, particulièrement alerte malgré le poids de l’âge.

À cette occasion, Amadou Sall, ancien ministre de la Justice et ex-porte-parole d’Abdoulaye Wade, a rendu un vibrant hommage à celui qu’il considère comme l’un des plus grands acteurs de la démocratie sénégalaise.

Selon lui, Abdoulaye Wade laissera « un immense héritage au peuple sénégalais », notamment grâce à son engagement constant en faveur de la démocratie et de l’alternance pacifique.

La démocratie comme principal legs politique

Pour Amadou Sall, l’ancien président a profondément marqué l’histoire politique du Sénégal par son combat démocratique mené durant près de trois décennies.

« Pendant 27 ans, il est resté dans l’opposition sans jamais renoncer. Il s’est présenté cinq fois à l’élection présidentielle avant d’accéder au pouvoir », rappelle-t-il.

L’ancien ministre insiste également sur le caractère pacifique de ce combat politique. Selon lui, Abdoulaye Wade a toujours privilégié les voies démocratiques, refusant toute forme de violence pour conquérir le pouvoir.

« Il répétait souvent qu’il n’engendrerait pas de cadavres pour accéder à la présidence », souligne Amadou Sall.

Ainsi, l’ancien chef de l’État demeure, à ses yeux, l’artisan principal de la première alternance démocratique au Sénégal et en Afrique francophone en 2000.

Un bâtisseur animé par une vision ambitieuse

Au-delà du combat politique, Amadou Sall met en avant la vision modernisatrice d’Abdoulaye Wade. Selon lui, l’ancien président nourrissait une ambition permanente pour le développement du Sénégal.

« Rien n’était trop beau pour le Sénégal », affirme-t-il.

Il rappelle notamment que Wade a porté de nombreux projets d’infrastructures modernes afin de positionner le pays parmi les nations les plus ambitieuses du continent.

L’ancien garde des Sceaux décrit également un homme entièrement dévoué au travail.

« Il travaillait jour et nuit, sans relâche. À n’importe quelle heure, il pouvait appeler ses collaborateurs pour développer une idée ou lancer un projet », témoigne-t-il.

Une personnalité autoritaire et parfois entêtée

Toutefois, Amadou Sall reconnaît également certains traits de caractère plus controversés de l’ancien président.

Il évoque notamment son autorité parfois excessive ainsi que son tempérament colérique.

« Il pouvait se montrer très autoritaire et avoir des colères impressionnantes », confie-t-il.

Par ailleurs, il estime qu’Abdoulaye Wade faisait souvent preuve d’un fort entêtement, particulièrement lorsqu’il défendait une idée ou une orientation politique.

Selon lui, cette détermination explique notamment sa volonté de briguer un nouveau mandat en 2012 malgré les nombreuses contestations.

La question sensible de Karim Wade

Interrogé sur la volonté supposée d’Abdoulaye Wade de préparer son fils Karim Wade à lui succéder, Amadou Sall adopte une position plus mesurée.

Il estime que l’ancien président pensait sincèrement faire le bon choix à l’époque, même si l’histoire politique ne semble finalement pas lui avoir donné raison.

Cette stratégie avait fortement contribué à fragiliser le régime avant la défaite de 2012 face à Macky Sall.

Une tradition démocratique profondément sénégalaise

Au cours de l’entretien, Amadou Sall revient également sur les traditions républicaines sénégalaises, notamment les gestes de courtoisie entre adversaires politiques après les élections présidentielles.

Il rappelle qu’en 2000, Abdou Diouf avait personnellement appelé Abdoulaye Wade pour le féliciter après sa victoire. De la même manière, Wade avait félicité Macky Sall après sa défaite en 2012.

Selon lui, cette culture démocratique s’explique par l’histoire politique et institutionnelle du Sénégal.

« Les divergences politiques n’ont jamais empêché les relations humaines et familiales », analyse-t-il.

Une inquiétude face aux tensions actuelles

Amadou Sall s’est également exprimé sur les tensions actuelles entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.

S’il reconnaît l’existence d’une rivalité politique, il estime toutefois que la situation reste différente de la grave crise institutionnelle de 1962 entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia.

« Aujourd’hui, il s’agit davantage d’un affrontement politique que d’une crise des institutions », précise-t-il.

Cependant, il appelle les deux camps à préserver les règles démocratiques afin d’éviter toute déstabilisation des institutions républicaines.

Le PDS face à l’après-Wade

Enfin, Amadou Sall reconnaît que le Parti démocratique sénégalais (PDS) traverse une période difficile après le recul de son influence politique.

Toutefois, il considère que l’héritage libéral d’Abdoulaye Wade demeure toujours présent à travers plusieurs formations politiques issues du PDS, dont le PLD, son propre parti.

« Nous sommes tous des héritiers d’Abdoulaye Wade », affirme-t-il, citant notamment Macky Sall, Karim Wade, Idrissa Seck ou encore Madické Niang.

De nombreux appels attendus pour son centenaire

À l’occasion de ses 100 ans, Abdoulaye Wade devrait recevoir de nombreux appels de responsables politiques sénégalais et africains.

Amadou Sall estime notamment que plusieurs figures comme Macky Sall, Alassane Ouattara, Denis Sassou-Nguesso, Abdou Diouf ou encore Idrissa Seck devraient lui témoigner leur considération.

Il juge également souhaitable que le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko lui adressent leurs vœux.

« Ce serait un geste fort pour la République et pour la démocratie sénégalaise », conclut-il.

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