La Tabaski 2026 s’achève sur une profonde désillusion pour de nombreux jeunes éleveurs sénégalais. Malgré des investissements importants dans l’achat, l’alimentation et le transport du bétail, plusieurs professionnels se retrouvent avec des centaines de moutons invendus. Ils pointent du doigt la baisse du pouvoir d’achat des ménages, mais également l’absence d’un accompagnement efficace des autorités pour soutenir la filière.

Les éleveurs rejettent les accusations sur les prix

Au lendemain de la fête, les jeunes éleveurs dressent un bilan particulièrement préoccupant. Président des jeunes éleveurs, El Hadj Malick Ka réfute les critiques selon lesquelles les vendeurs auraient pratiqué des prix excessifs durant la campagne de commercialisation.

Selon lui, l’explication se trouve ailleurs. Si de nombreux moutons n’ont pas trouvé preneur, c’est avant tout parce que de nombreuses familles sénégalaises ont vu leur pouvoir d’achat s’éroder dans un contexte économique difficile. « Beaucoup pensent que les moutons étaient trop chers, mais ce n’est pas la réalité », soutient-il. Pour le responsable, les ménages ont surtout manqué de moyens pour acquérir un bélier cette année.

Des centaines de moutons repartent vers les zones d’élevage

Sur les différents sites de vente, les conséquences de cette situation sont déjà visibles. En effet, les transporteurs chargent progressivement les animaux restés invendus pour les ramener vers leurs zones d’élevage.

À Ngoundiane, El Hadj Malick Ka organise actuellement le retour de son cheptel. Une opération qui représente, selon lui, une perte financière considérable. Les éleveurs doivent désormais continuer à nourrir les animaux et espérer les écouler dans les mois à venir.

Le président des jeunes éleveurs révèle avoir acheminé près de 1 000 têtes de bétail pour la Tabaski. Toutefois, à l’issue de la campagne, près de 400 moutons restent invendus, aggravant davantage les difficultés financières des exploitants.

Le ministère de l’Élevage dans le viseur des professionnels

Face à cette situation, les jeunes éleveurs expriment leur mécontentement à l’égard du ministère de l’Élevage. Ils estiment ne pas avoir bénéficié du soutien nécessaire pour faire face aux défis de la campagne.

El Hadj Malick Ka considère que les acteurs du secteur ne perçoivent pas suffisamment l’action du département sur le terrain. Selon lui, les difficultés rencontrées par les éleveurs ne sont pas suffisamment prises en compte par les autorités compétentes.

Pour cette raison, les professionnels interpellent directement le président de la République et réclament des mesures fortes afin de redynamiser la filière et d’améliorer les conditions de travail des éleveurs.

Des coûts logistiques de plus en plus élevés

Par ailleurs, la hausse des charges logistiques a fortement pesé sur la rentabilité de la campagne. Les frais de transport ont considérablement augmenté, réduisant les marges des vendeurs.

D’après El Hadj Malick Ka, l’acheminement des animaux vers les points de vente coûte entre 600 000 et 700 000 francs CFA. À ces dépenses s’ajoutent les frais liés aux déplacements vers les marchés de Ngoundiane, de Kahone et d’autres localités.

Le responsable conteste également les affirmations faisant état d’un appui significatif de l’État au secteur. Il affirme que les éleveurs n’ont bénéficié ni de financements adaptés ni d’un accompagnement suffisant pour surmonter les contraintes de cette campagne.

Il cite notamment son expérience au foirail du CICES, où il est resté plus de dix jours sans parvenir à écouler une part importante de son cheptel. Pour lui, cette situation illustre l’ampleur des difficultés auxquelles les acteurs de la filière sont confrontés.

La flambée du prix de l’aliment de bétail inquiète la filière

En outre, les éleveurs dénoncent l’augmentation continue du coût de l’aliment de bétail. Une grande partie de ces produits provient du Mali, ce qui contribue à renchérir les coûts de production au Sénégal.

El Hadj Malick Ka accuse également certains opérateurs économiques de spéculer sur ce marché. Selon lui, ces acteurs achètent d’importantes quantités d’aliments pour les revendre à des prix plus élevés, au détriment des jeunes éleveurs.

Dans ce contexte, les professionnels réclament des mesures urgentes pour soutenir la filière. Ils craignent que les pertes enregistrées lors de cette Tabaski 2026 n’affectent durablement leurs activités et ne fragilisent davantage un secteur déjà confronté à de nombreuses difficultés.

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