Un vaste réseau présumé de siphonnage de carburant devant la justice
Le juge d’instruction du premier cabinet du tribunal de Dakar a renvoyé devant la Chambre criminelle de Dakar 35 personnes poursuivies dans une affaire de détournement d’hydrocarbures au dépôt de la SENSTOCK.
L’affaire, évoquée le 16 juin 2026, a été renvoyée à une audience spéciale prévue le 17 juillet 2026.
Selon l’ordonnance de renvoi, l’enquête a mis au jour un réseau structuré impliquant des chauffeurs de camions-citernes, des apprentis, des agents de sécurité, des contrôleurs chargés des scellés ainsi que plusieurs individus surnommés « Lakhalmanes ». Ils sont poursuivis notamment pour association de malfaiteurs, recel criminel et vol commis en réunion avec usage de véhicule et à l’occasion du service.
Une plainte à l’origine de l’enquête
L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée le 4 septembre 2024 par les sociétés EDK Oil SA et Transport Routier Express contre X pour vol en réunion et recel.
Les deux entreprises dénonçaient d’importantes soustractions de carburant au sein du dépôt de SENSTOCK.
Entendu par les enquêteurs, Demba Ka a expliqué avoir découvert des écarts entre les quantités de carburant consommées et celles effectivement réceptionnées dans les zones de stockage. Des investigations internes lui ont permis de soupçonner l’existence d’un réseau organisé opérant à l’intérieur même du site.
Pour étayer ses accusations, il a remis aux gendarmes plusieurs vidéos de surveillance montrant le mode opératoire présumé des personnes impliquées.
Des dizaines d’interpellations après l’exploitation des vidéos
L’analyse des images a conduit les enquêteurs à interpeller trente-sept personnes, parmi lesquelles figuraient des chauffeurs et apprentis des sociétés de transport d’hydrocarbures, un employé de SENSTOCK, des agents de sécurité ainsi que des contrôleurs chargés de vérifier les scellés.
Les investigations ont également permis de découvrir, dans un entrepôt voisin appartenant à la société ECOTRA, plusieurs réservoirs, fûts et bidons servant au stockage du carburant détourné avant sa revente.
Des aveux et des témoignages accablants
Au cours de l’enquête, plusieurs mis en cause ont reconnu leur participation au trafic.
Certains ont désigné des acheteurs présumés du carburant volé, affirmant que ce dernier était récupéré sur le site avant d’être écoulé sur un marché parallèle.
Des employés et apprentis-chauffeurs ont également confirmé avoir été témoins de multiples opérations de siphonnage et de revente illicite de carburant.
Selon les témoignages recueillis, le système reposait sur une organisation bien structurée où chaque intervenant remplissait une mission précise dans la chaîne de détournement.
Un système clandestin installé à proximité du dépôt
Entendu comme partie civile, Oussèye Ka a expliqué que les soupçons de vols l’avaient conduit à alerter EDK Oil, qui avait ensuite saisi la gendarmerie.
Les enquêteurs ont alors mis en place un dispositif de surveillance discret permettant de documenter les faits.
Selon lui, après le chargement des camions-citernes, certains véhicules étaient volontairement immobilisés sur le parking du dépôt avec la complicité présumée de plusieurs agents. Le carburant était ensuite siphonné puis transféré vers un ancien dépôt voisin transformé en véritable station clandestine de stockage et de revente.
Le gérant de TRE estime que les prévenus avaient mis sur pied une organisation criminelle structurée dans laquelle chaque membre percevait une part des bénéfices issus de la vente du carburant détourné.
Trois inculpés bénéficient d’un non-lieu
Dans son ordonnance, le juge d’instruction a également prononcé un non-lieu partiel.
Le magistrat a considéré que l’enquête n’avait pas permis d’identifier la personne visée dans la plainte initiale déposée contre « X ».
Par ailleurs, trois inculpés, poursuivis pour association de malfaiteurs et vol en réunion, ont bénéficié d’un non-lieu. Selon le juge, aucun élément matériel ou témoignage fiable ne permettait d’établir leur implication dans les faits.
Ils n’apparaissaient pas sur les images de vidéosurveillance et n’ont pas été formellement désignés par les autres protagonistes de l’affaire.
Une audience décisive attendue en juillet
La Chambre criminelle de Dakar examinera le dossier lors de l’audience spéciale fixée au 17 juillet 2026. Ce procès devrait permettre de faire toute la lumière sur ce présumé réseau de détournement d’hydrocarbures qui aurait causé un important préjudice financier aux sociétés plaignantes.
