Ce qui n’était au départ qu’une simple anomalie détectée dans les opérations de péage a fini par révéler un présumé système de détournement de fonds évalué à près de 10 millions de FCFA. Au cœur de cette affaire : P. M. Diallo, ancien receveur de la Société d’exploitation et de gestion des autoroutes (SEGEA S.A), dont le procès se poursuit devant le Tribunal correctionnel de Mbour.
Recruté en 2023, l’agent n’aura passé qu’une dizaine de mois au sein de l’entreprise avant d’être rattrapé par les mécanismes de contrôle interne. Selon les éléments du dossier, les premiers soupçons sont apparus dès les premières semaines de son affectation, à travers des écarts inexpliqués dans les recettes enregistrées.
Le tournant de l’enquête intervient le 26 avril 2024 à la gare de péage de Kirène. Une contrôleuse, exploitant les images des caméras de surveillance, remarque des opérations suspectes. Elle observe notamment le receveur encaisser de l’argent auprès d’usagers sans procéder à l’enregistrement des transactions dans le système informatique.
Alertée, la direction met alors en place une surveillance renforcée. Le 2 mai 2024, les contrôleurs suivent en direct l’activité de l’agent et constatent plusieurs irrégularités : ouverture de barrières sans paiement enregistré, désactivation volontaire de l’imprimante de la cabine et perception directe de recettes sans émission de tickets.
Le contrôle de caisse effectué à l’issue de cette opération fait apparaître un excédent de 84 500 FCFA ainsi que 32 cartes non valides. Des éléments jugés suffisamment accablants pour déclencher une procédure disciplinaire et judiciaire.
Interpellé puis placé en garde à vue par les gendarmes de Saly Portudal, P. M. Diallo est ensuite écroué à la prison de Mbour. L’enquête interne diligentée par la SEGEA conclut à un préjudice financier de 9 933 000 FCFA, montant pour lequel l’entreprise dépose une plainte pour détournement de fonds.
Face aux enquêteurs, le prévenu avait dans un premier temps contesté l’essentiel des faits, ne reconnaissant que les sommes découvertes lors de son arrestation. Mais lors de l’audience récente devant le Tribunal correctionnel, il a finalement admis avoir mis en place un système de détournement sur plusieurs mois.
Pour sa défense, il a toutefois évoqué des dysfonctionnements techniques de l’imprimante de sa cabine, affirmant avoir été contraint d’utiliser la procédure dite de la « fusée barrière » afin d’éviter les embouteillages. Une explication que le parquet considère comme peu crédible et incompatible avec les constatations effectuées par les contrôleurs.
Estimant les faits particulièrement graves, le procureur de la République a requis cinq ans de prison ferme ainsi qu’une amende d’un million de FCFA au profit du Trésor public. De son côté, la SEGEA S.A, constituée partie civile, réclame 15 millions de FCFA de dommages et intérêts pour le préjudice subi.
Le Tribunal correctionnel de Mbour a mis l’affaire en délibéré. Le jugement est attendu le 20 juillet prochain.
