Une série de trois morts violentes enregistrées en quelques jours à Bamenda et dans sa périphérie ravive les inquiétudes autour de la dégradation de la sécurité dans la région anglophone du Nord-Ouest. Face à cette flambée de violences, des acteurs de la société civile dénoncent la prolifération des armes à feu et appellent à une sortie durable de la crise qui secoue ces régions depuis une décennie.

Trois morts en quelques jours relancent les inquiétudes

L’insécurité continue de peser sur le quotidien des habitants de Bamenda, capitale de la région anglophone du Nord-Ouest. En l’espace de quelques jours, trois personnes ont perdu la vie dans des circonstances violentes, illustrant une nouvelle fois la persistance des violences dans cette partie du Cameroun.

Selon les informations disponibles, la première victime a succombé à ses blessures après avoir été atteinte par balle lors d’une attaque accompagnée d’un enlèvement. L’incident s’est produit vendredi dernier lorsqu’un groupe armé a pris pour cible un véhicule transportant plusieurs personnes de retour d’une cérémonie funéraire.

Quelques jours plus tard, les autorités ont retrouvé un autre homme grièvement battu. La victime n’a pas survécu à ses blessures. Enfin, une troisième personne aurait été abattue alors qu’elle regagnait son domicile après sa journée de travail.

La prolifération des armes en ligne de mire

Pour Fon Nsoh, coordinateur de l’ONG Cominsud et figure de la société civile camerounaise, cette recrudescence des violences s’explique principalement par la circulation massive d’armes à feu, conséquence directe des dix années de conflit qui secouent les régions anglophones.

À l’occasion d’une rencontre organisée ce jeudi à Bamenda pour réfléchir aux solutions à cette crise, il a dressé un constat alarmant de la situation sécuritaire.

« La situation à Bamenda reste imprévisible. Il est impossible de savoir où et quand une personne risque de tomber entre de mauvaises mains, d’être agressée ou même tuée. Nous avons recensé des cas d’enlèvements commis en plein jour, parfois dès 17 heures », a-t-il expliqué.

Selon lui, la prolifération des armes favorise les enlèvements contre rançon, les actes d’extorsion ainsi que les assassinats commandités pour régler des différends personnels.

« Cela fait dix ans que cette crise perdure. Nous devons trouver les moyens d’y mettre fin et reconstruire notre société de l’intérieur. Si rien n’est fait, le Cameroun pourrait encore connaître dix années de violences, sans vainqueur ni vaincu, mais avec davantage de familles endeuillées », a-t-il averti.

Des appels à la paix qui peinent à produire des résultats

Par ailleurs, cette nouvelle flambée de violences intervient alors que plusieurs responsables religieux multiplient les initiatives en faveur du dialogue et de la paix.

L’archevêque de Canterbury, Sarah Mullaly, cheffe de l’Église anglicane, est attendue vendredi à Yaoundé pour une visite officielle de cinq jours. Ce déplacement intervient près de quatre mois après la visite du pape Léon XIV, qui s’était rendu à Bamenda afin de lancer un appel en faveur de la paix et de la réconciliation.

Si Fon Nsoh salue ces initiatives diplomatiques et religieuses, il estime toutefois que leurs effets tardent à se traduire par une amélioration concrète de la situation sécuritaire sur le terrain. Pour lui, seule une réponse durable aux causes profondes du conflit permettra d’enrayer la spirale des violences qui continue d’endeuiller les populations des régions anglophones.

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