L’état de santé de Kizza Besigye suscite de vives inquiétudes en Ouganda. L’opposant historique au président Yoweri Museveni a été placé en soins intensifs après s’être effondré en pleine audience lors de son procès pour trahison. Son épouse, Winnie Byanyima, dénonce une nouvelle fois ses conditions de détention, sur fond de répression politique croissante dans le pays.
Kizza Besigye s’effondre en pleine audience
Le chef de l’opposition ougandaise, Kizza Besigye, a été admis en soins intensifs à l’hôpital de Mulago, à Kampala, après avoir perdu connaissance mercredi lors de son procès pour trahison.
L’information a été annoncée jeudi sur le réseau social X par son épouse, Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida, avant d’être confirmée à l’AFP par deux sources médicales.
Selon son épouse, l’opposant de 70 ans est « inconscient, incapable de parler et ne réagit même pas à des stimuli douloureux ».
De son côté, la porte-parole de l’hôpital public de Mulago, Gladys Baligonzaki Kajura, a confirmé son admission en unité de soins intensifs, sans fournir davantage de précisions sur son état de santé.
Une autre source médicale, ayant requis l’anonymat, a indiqué que Kizza Besigye est arrivé à l’hôpital mercredi soir dans un état critique, nécessitant une prise en charge immédiate.
Un procès sous haute tension
Le malaise est survenu peu après que Kizza Besigye a rejeté avec véhémence les avocats commis d’office par l’État ougandais.
Cette audience intervient dans un contexte particulièrement tendu. Les autorités ont arrêté l’un de ses avocats, Erias Lukwago, ancien maire de Kampala, tandis qu’elles ont interdit l’entrée en Ouganda à son autre défenseure, l’ancienne ministre kényane de la Justice, Martha Karua.
Ancien médecin personnel du président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis plus de quarante ans, Kizza Besigye est devenu l’une des principales figures de l’opposition après sa rupture avec le régime il y a plus de vingt-cinq ans.
En novembre 2024, des hommes l’ont enlevé lors d’un déplacement au Kenya avant de le ramener en Ouganda. Les autorités l’ont ensuite traduit devant une cour martiale pour trahison, l’accusant d’avoir comploté contre le chef de l’État. La Cour suprême a finalement ordonné que son dossier soit examiné par une juridiction civile.
Des hospitalisations à répétition
Depuis son incarcération, Kizza Besigye a été hospitalisé à trois reprises.
En février 2025, il avait déjà été admis à l’hôpital après une grève de la faim. Quelques mois plus tard, en janvier 2026, il avait de nouveau été brièvement pris en charge pour des problèmes de santé.
Son épouse attribue cette dégradation à ses conditions de détention. En juin 2025, Winnie Byanyima dénonçait déjà des conditions « inhumaines », affirmant que son mari était détenu dans une cellule exiguë et surpeuplée, infestée de punaises de lit. Elle avait également accusé le président Yoweri Museveni d’orchestrer un « complot » visant à éliminer l’opposant.
Un climat politique de plus en plus répressif
L’affaire Kizza Besigye intervient dans un contexte de durcissement du climat politique en Ouganda.
Ces derniers mois, les autorités ont multiplié les arrestations visant des responsables de l’opposition, des avocats et des militants. L’armée, dirigée par le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni, est régulièrement accusée de jouer un rôle central dans cette répression.
Le principal groupe de médias indépendant du pays a également été contraint de suspendre ses activités pendant un mois avant d’être autorisé à reprendre ses publications mardi, illustrant les tensions persistantes autour des libertés publiques à l’approche des prochaines échéances politiques.

