Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la gestion des universités cristallise le bras de fer entre Kinshasa et l’AFC/M23. Le gouvernement congolais a suspendu les activités de onze établissements publics à Goma et Bukavu, tandis que le mouvement rebelle rejette cette décision et ordonne la poursuite des activités. Au-delà du secteur universitaire, cette confrontation illustre la lutte pour le contrôle de l’administration et des services publics dans les zones contrôlées par l’AFC/M23.

Un bras de fer autour des universités

Kinshasa a décidé de suspendre les activités de onze établissements publics à Goma et Bukavu. Le gouvernement congolais entend ainsi maintenir son autorité sur les institutions publiques situées dans ces zones.

L’AFC/M23 conteste toutefois cette décision. Le mouvement la qualifie de « nulle et de nul effet » et demande aux responsables des universités concernées de poursuivre leurs activités.

Ainsi, les deux camps donnent désormais des consignes contradictoires aux mêmes établissements. Cette situation illustre, plus largement, la rivalité entre l’autorité officielle de Kinshasa et les structures que l’AFC/M23 met en place dans les territoires sous son contrôle.

L’AFC/M23 étend son influence

Au-delà des universités, l’AFC/M23 intervient dans plusieurs domaines traditionnellement réservés à l’État. Le mouvement perçoit notamment des taxes, intervient dans la gestion foncière et met en place ses propres structures administratives et judiciaires.

À Goma, des experts des Nations unies rapportent notamment que l’AFC/M23 a instauré une taxe mensuelle auprès des ménages. Le mouvement a également rouvert des services fonciers et recruté des magistrats.

Par ailleurs, il utilise ses propres cachets sur certains passeports. Cette pratique a déjà entraîné des difficultés pour des voyageurs : certains détenteurs de documents portant ces cachets ont notamment été refoulés à l’entrée du Burundi.

Des mesures qui dépassent le secteur universitaire

Cette semaine, l’AFC/M23 a également annoncé son intention d’examiner les partenariats liés au patrimoine immobilier de l’État. Le mouvement interdit certaines constructions et menace de démolir celles qu’il juge contraires à ses décisions.

Dans le même temps, il affirme avoir formé plus de 823 cadres chargés de relayer ses orientations auprès de la population. Cette initiative traduit la volonté du mouvement de structurer davantage son administration dans les territoires qu’il contrôle.

De son côté, Kinshasa cherche à maintenir son autorité, malgré l’éloignement. Le gouvernement a suspendu les activités des onze établissements publics concernés et gelé les salaires de 48 agents accusés d’avoir rejoint l’AFC/M23, de lui avoir prêté allégeance ou d’avoir accepté des fonctions sous son autorité.

Deux autorités face aux mêmes institutions

L’AFC/M23 rejette ces sanctions et affirme qu’il prendra en charge le personnel concerné. Le mouvement n’a cependant pas précisé comment il compte financer cette prise en charge ni selon quelles modalités.

Cette confrontation intervient alors que l’accord-cadre de Doha prévoit le rétablissement complet de l’autorité de l’État dans les zones concernées. Toutefois, les parties doivent encore négocier le protocole qui précisera les conditions de réinstallation des services publics, les acteurs chargés de cette mission et le calendrier de sa mise en œuvre.

En attendant cet accord, Kinshasa et l’AFC/M23 continuent donc de consolider leurs propres leviers d’action. Les universités, comme d’autres services publics, se retrouvent ainsi au cœur d’un affrontement plus large autour de l’exercice de l’autorité dans l’est de la RDC.

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