Le Sénégal devra mobiliser au moins 720 milliards de FCFA d’ici à 2030 pour renforcer son offre de soins. La nouvelle Carte sanitaire 2026-2030 met en lumière de profondes disparités dans l’accès aux infrastructures et aux personnels de santé à travers le pays.
Le système de santé sénégalais fait face à d’importants défis. Manque d’hôpitaux dans plusieurs départements, déficit de centres de santé dans les communes et insuffisance du personnel qualifié : le diagnostic établi dans le cadre de la nouvelle Carte sanitaire 2026-2030 révèle de nombreuses faiblesses.
Pour y répondre, les investissements nécessaires sont estimés à au moins 720 milliards de FCFA à l’horizon 2030. Cette enveloppe devra notamment financer les infrastructures sanitaires, le renforcement des ressources humaines, la santé mentale, la prévention, les urgences médicales et la médecine physique.
Une offre de soins plus équitable
La nouvelle Carte sanitaire 2026-2030 a été présentée jeudi 10 septembre à Dakar par le Dr Ibrahima Khaliloulah Dia, coordonnateur de la Cellule de la Carte sanitaire et sociale, de la santé digitale et de l’Observatoire de la santé au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique.
L’objectif est clair : garantir une meilleure répartition de l’offre de soins sur l’ensemble du territoire national. « Ce que nous cherchons à faire, c’est une offre de soins plus équitable », a expliqué le Dr Dia. L’ambition affichée est également de permettre à chaque citoyen d’accéder à des soins de qualité à moins de 30 minutes de son lieu de résidence.
Pour établir ce nouveau document de planification, les équipes techniques ont recensé les postes de santé, les centres de santé et les hôpitaux. Ces données ont ensuite été confrontées aux normes démographiques, géographiques, administratives et d’accessibilité.
Près de la moitié des départements sans hôpital
Le diagnostic révèle des disparités territoriales importantes.
Selon les données présentées, 23 départements, soit 48 % du territoire départemental, ne disposent pas d’hôpital. Ces zones regroupent pourtant près de 32 % de la population sénégalaise. La situation est particulièrement préoccupante dans certains départements à forte croissance démographique. Mbour et Keur Massar comptent ainsi près de 800 000 habitants. Leur population dépasse largement certains seuils utilisés dans la planification des infrastructures hospitalières.
Le déficit concerne également les communes. Selon la Carte sanitaire, 80 % des communes du Sénégal ne disposent pas de centre de santé. Pourtant, 231 communes rempliraient les critères nécessaires pour accueillir ce type d’infrastructure.
À Dakar, la situation reste également préoccupante. Près de 43 % des communes d’arrondissement ne disposent pas de centre de santé.
Un important déficit en personnel de santé
Au-delà des infrastructures, le manque de ressources humaines constitue l’un des principaux défis du système sanitaire.
Actuellement, seulement 51 % des besoins en personnel qualifié seraient couverts, selon les données de la nouvelle Carte sanitaire.
Le Sénégal compte environ un médecin pour 7 000 habitants. L’objectif fixé est de parvenir progressivement à un médecin pour 3 000 habitants.
Ces chiffres devront toutefois être affinés avec les données actualisées de l’Ordre des médecins. Pour les autorités sanitaires, le défi ne consiste donc pas uniquement à construire de nouvelles structures. Il faut également disposer de médecins, d’infirmiers, de sages-femmes et d’autres professionnels qualifiés pour assurer leur bon fonctionnement.
Une nouvelle organisation de la pyramide sanitaire
La Carte sanitaire 2026-2030 prévoit également une réorganisation de la pyramide sanitaire.
La case de santé demeure dans le dispositif. Elle sera toutefois intégrée dans une architecture plus structurée autour des postes de santé, des centres de santé et des différents niveaux hospitaliers.
L’hôpital départemental disparaît notamment de la nouvelle architecture.
La stratégie privilégie désormais une organisation territoriale plus cohérente et une meilleure structuration du système de référence sanitaire.
« Il faut trouver un équilibre entre les soins et la viabilité », a souligné le Dr Ibrahima Khaliloulah Dia. L’objectif est d’éviter la multiplication de structures incapables de fonctionner correctement faute de personnel, d’équipements ou de ressources financières suffisantes.
720 milliards de FCFA, un investissement minimum
Les besoins identifiés ont été classés selon trois niveaux de priorité.
Pour répondre aux principaux déficits, le montant minimal des investissements nécessaires est estimé à 720 milliards de FCFA.
Cette enveloppe représente un effort majeur pour moderniser et renforcer durablement le système de santé sénégalais.
La nouvelle Carte sanitaire se veut toutefois évolutive. Elle constitue une projection à l’horizon 2030 et pourra être ajustée en fonction de l’évolution démographique, des besoins sanitaires et des capacités financières du pays.
Après la phase de diagnostic et de concertation, le principal défi reste désormais la mise en œuvre. Car au-delà des projections et des investissements annoncés, la réussite de la Carte sanitaire 2026-2030 dépendra de sa capacité à réduire les inégalités territoriales et à rapprocher durablement les soins des populations.
L’enjeu est désormais de transformer ces orientations en réalisations concrètes afin de garantir à chaque Sénégalais un accès plus équitable, plus rapide et plus durable à des soins de qualité.
