L’ancien directeur général de Petrosen, Mamadou Faye, estime que le Code pétrolier adopté en 2019 a alourdi les conditions fiscales imposées aux compagnies. Selon lui, cette évolution aurait réduit l’attractivité du bassin sédimentaire sénégalais auprès des investisseurs.

Adoptée le 1er février 2019, la loi n°2019-03 a remplacé le Code pétrolier de 1998. Le nouveau texte encadre notamment la prospection, l’exploration, l’exploitation et le régime fiscal des hydrocarbures. Il prévoit également une participation minimale de 10 % de Petrosen, avec une possibilité d’augmentation pouvant atteindre 20 % supplémentaires.

C’est précisément l’équilibre de ce dispositif que Mamadou Faye remet en question. Invité de « Seneweb Eco », il juge le niveau de fiscalité prévu par le Code de 2019 « très élevé par rapport au potentiel du bassin ».

Une fiscalité jugée trop lourde par l’ancien patron de Petrosen

Selon Mamadou Faye, le nouveau cadre a introduit ou renforcé plusieurs mécanismes susceptibles d’augmenter les prélèvements sur les projets. Il cite notamment les bonus de signature, les bonus de production, la redevance et une part plus importante revenant à l’État.

L’ancien dirigeant de Petrosen évoque également l’évolution de la participation de la société nationale dans les projets. Le Code de 2019 prévoit effectivement une participation minimale de 10 % pendant la phase de recherche, avec une option permettant à l’État d’augmenter cette participation pendant l’exploitation.

Pour Mamadou Faye, l’ensemble de ces paramètres pèse sur la rentabilité des opérations. Il prend notamment l’exemple de gisements comparables à Sangomar.

Selon son analyse, certains projets de cette taille pourraient désormais apparaître moins rentables aux yeux des investisseurs. Il estime ainsi que les compagnies peuvent être davantage réticentes à engager des capitaux au Sénégal.

« Le bassin sédimentaire sénégalais n’est pas attractif »

L’ancien directeur général de Petrosen considère que l’exploration pétrolière présente un niveau de risque important. Les compagnies doivent donc, selon lui, obtenir un rendement suffisamment élevé pour justifier les capitaux engagés.

Mamadou Faye avance ainsi une fourchette de 12 à 15 % pour le retour sur investissement ou le taux de rentabilité recherché par les compagnies. À ses yeux, un niveau de prélèvements trop important peut rendre certains projets moins compétitifs.

Il en conclut que « le bassin sédimentaire sénégalais n’est pas attractif ». Cette appréciation relève toutefois de son analyse personnelle et ne constitue pas, à elle seule, une mesure indépendante de l’attractivité actuelle du secteur.

Une baisse de l’intérêt des compagnies selon Mamadou Faye

L’ancien responsable de Petrosen établit également un lien entre l’entrée en vigueur du Code de 2019 et l’évolution de l’intérêt des grandes compagnies.

Il affirme qu’avant la réforme, plus de quinze grandes compagnies internationales manifestaient un intérêt pour l’obtention de blocs au Sénégal. Selon lui, ces entreprises auraient ensuite quitté le marché et aucune compagnie n’aurait demandé de nouveau bloc depuis l’adoption du texte.

Cette affirmation constitue toutefois une appréciation attribuée à Mamadou Faye. Les données disponibles sur les permis pétroliers montrent que le Code de 2019 a effectivement instauré le nouveau cadre applicable aux futurs blocs, mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à établir que la fiscalité constitue l’unique cause d’une éventuelle baisse de l’intérêt des investisseurs.

Vers une nouvelle réforme du cadre pétrolier

Le débat intervient alors qu’une réforme du cadre juridique des hydrocarbures est annoncée. Pour Mamadou Faye, cette évolution doit davantage tenir compte de la rentabilité réelle des projets et des nouvelles contraintes auxquelles fait face l’industrie pétrolière mondiale.

L’enjeu consiste donc à rechercher un équilibre entre deux objectifs : garantir une part significative des revenus des hydrocarbures à l’État et maintenir des conditions suffisamment compétitives pour attirer les investissements.

Le Code pétrolier de 2019 avait justement été conçu pour renforcer les intérêts économiques et financiers du Sénégal tout en maintenant l’attractivité du secteur.

Le débat actuel porte désormais sur l’efficacité de cet équilibre, alors que le Sénégal est entré dans une nouvelle phase de son développement pétrolier et gazier.

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