Le trafic de produits médicaux connaît une forte progression en Afrique centrale. Entre 2020 et 2025, les autorités des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont saisi plus de 250 tonnes de produits médicaux. Dans un nouveau rapport, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Commission de la Cemac alertent sur les conséquences de ce phénomène pour la santé publique, la sécurité et le développement de la région.
Trois catégories de produits dans le circuit illicite
Selon le rapport, le trafic concerne principalement trois catégories de produits médicaux.
D’abord, les trafiquants mettent en circulation des médicaments falsifiés ou fabriqués sans respecter les normes de qualité. Cette catégorie présente les risques les plus importants pour les patients. À titre d’exemple, l’ONUDC rappelle qu’en 2023, douze enfants sont morts au Cameroun après avoir consommé un sirop pédiatrique contenant des excipients contaminés.
Ensuite, le trafic concerne des produits médicaux importés en dehors des procédures légales. Certains opérateurs les font entrer dans les pays sans accomplir les formalités douanières requises ou sans obtenir les autorisations nécessaires à leur commercialisation.
Enfin, les réseaux criminels s’emparent parfois de véritables médicaments dans les stocks nationaux avant de les revendre sur les marchés informels.
Des médicaments volés qui alimentent les marchés informels
Cette dernière catégorie joue un rôle particulièrement important dans certains pays où l’accès aux soins et aux médicaments reste difficile.
La République centrafricaine illustre cette situation. Le pays compte seulement une trentaine de pharmaciens pour une population estimée à 5,5 millions d’habitants. Dans ce contexte, les marchés informels peuvent devenir une source importante d’approvisionnement pour une partie de la population.
En janvier 2024, les autorités centrafricaines ont notamment saisi 28 tonnes de matériel médical. La cargaison contenait entre autres des seringues et des solvants.
Des saisies en forte hausse
Par ailleurs, les chiffres témoignent d’une nette intensification du phénomène. Dans les six pays de la Cemac, les saisies sont passées d’environ 5 tonnes en 2020 à 116 tonnes en 2024.
Cette progression illustre l’ampleur croissante du trafic et les difficultés rencontrées par les autorités pour contrôler les circuits d’approvisionnement.
Parmi les produits les plus fréquemment saisis figurent notamment les opioïdes pharmaceutiques, dont le tramadol et ses dérivés. Les trafiquants font également circuler des antibiotiques, des vaccins ainsi que des médicaments utilisés dans le traitement du cancer.
Une menace pour la santé et la sécurité
Au-delà des pertes économiques, l’ONUDC, l’OMS et la Commission de la Cemac mettent donc en garde contre les conséquences sanitaires et sécuritaires de ce trafic.
La circulation de médicaments falsifiés, de produits de qualité inférieure ou de médicaments détournés expose directement les populations à des risques graves. Face à l’augmentation des saisies, les organisations appellent ainsi à renforcer la surveillance des chaînes d’approvisionnement et la lutte contre les réseaux qui alimentent ce commerce illicite.

