La commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner le programme « Un étudiant, un ordinateur », doté de 48 milliards de francs CFA depuis 2017, fait face à une double controverse : les conditions de passation des marchés et la retransmission en direct des auditions. Plusieurs responsables et anciens responsables du ministère de l’Enseignement supérieur ont été entendus, tandis que des voix s’interrogent sur le respect des procédures applicables aux commissions d’enquête.
Des responsables disent avoir découvert le programme tardivement
Lancé pour faciliter l’accès des étudiants sénégalais aux outils numériques, le programme « Un étudiant, un ordinateur » est désormais au centre des investigations de l’Assemblée nationale. Les députés cherchent notamment à éclaircir les conditions d’attribution et d’exécution des marchés liés à ce dispositif, dont l’enveloppe annoncée atteint 48 milliards de francs CFA.
Lors des auditions, plusieurs responsables et anciens responsables du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ont expliqué n’avoir découvert le programme que tardivement ou ne pas avoir été directement associés à sa gestion.
Mountaga Dia a ainsi déclaré avoir été impliqué dans le dossier seulement en 2025, après l’avoir découvert lors d’une réunion consacrée à la programmation budgétaire. Saliou Abdoulaye Ngom, en poste depuis septembre 2025, a également affirmé avoir pris connaissance du programme au cours d’une réunion budgétaire.
De son côté, Abdou Kadri Diatta a expliqué que le dispositif ne figurait pas dans le plan de passation des marchés publics et ne relevait donc pas de la commission concernée.
La procédure d’acquisition mise en cause
Les conditions de passation des marchés constituent l’un des principaux axes de l’enquête parlementaire. Lors de son audition, Seynabou Samb Tosco, coordinatrice de la cellule d’enquête de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) chargée du dossier relatif au contrat de 2025, a exprimé des réserves sur la procédure utilisée.
« Il y a eu un avis à manifestation d’intérêt qui n’était pas adéquat pour un marché d’ordinateurs », a-t-elle déclaré, selon les informations rapportées par la presse.
Cette observation soulève des interrogations sur le choix de la procédure d’acquisition et sa conformité aux règles de la commande publique. Les auditions doivent permettre aux parlementaires de mieux comprendre les responsabilités des différents acteurs ainsi que les mécanismes de gestion du programme.
L’inspecteur Cheikh Diop aurait, pour sa part, découvert le dossier dans le cadre d’une enquête portant sur les allocations de 250 000 francs CFA accordées aux étudiants, selon des informations rapportées par L’Observateur et Rewmi.
À ce stade, les déclarations recueillies doivent être distinguées des conclusions définitives de la commission d’enquête. Les éventuelles responsabilités restent à établir sur la base des éléments examinés.
La retransmission des auditions suscite une controverse
Au-delà du fond du dossier, la diffusion en direct des auditions alimente un débat sur les règles de fonctionnement des commissions d’enquête parlementaires.
L’ancien député Babacar Gaye estime que ces travaux devraient se tenir à huis clos. Selon lui, leur retransmission contreviendrait au Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Il rappelle également que les pouvoirs d’investigation des députés doivent s’exercer dans le respect des secrets protégés par la loi.
Cette position est toutefois nuancée par Senghane Senghor, président de la Convergence africaine pour la démocratie et les droits humains (Sen Caddhu). Celui-ci soutient que le règlement intérieur adopté en 2025 permet la retransmission des débats sous certaines conditions, sur décision du bureau de l’Assemblée nationale.
Il s’interroge néanmoins sur la régularité de la procédure suivie dans cette affaire. « Tout semble montrer qu’on a foulé aux pieds les procédures », déclare-t-il.
Entre transparence et respect des règles
La retransmission des auditions pose ainsi la question de l’équilibre entre le droit du public à l’information et les exigences juridiques qui encadrent le travail parlementaire. La transparence peut contribuer à éclairer les citoyens sur la gestion des fonds publics, mais elle doit s’inscrire dans le respect des règles applicables.
L’enquête sur le programme « Un étudiant, un ordinateur » devra donc permettre d’établir les conditions dans lesquelles les marchés ont été passés, de préciser le rôle des différents responsables et d’examiner les éventuelles irrégularités.
L’enjeu est important pour un dispositif destiné à améliorer l’accès des étudiants sénégalais aux outils numériques. Les conclusions de la commission seront déterminantes pour clarifier les faits et apprécier les responsabilités éventuelles, sans préjuger des suites qui pourraient être données au dossier.

