Le sociologue et professeur Abdoulaye Niang appelle les organisations de la société civile sénégalaise et africaine à revoir leur modèle de financement pour préserver leur indépendance. Lors de l’assemblée générale du Collectif africain de la paix (CAP), tenue le samedi 17 octobre 2026, l’universitaire a plaidé pour une société civile souveraine, ancrée dans les communautés et capable d’influencer les politiques publiques.

Abdoulaye Niang dénonce les logiques partisanes

Pour Abdoulaye Niang, la société civile ne peut pleinement jouer son rôle de contre-pouvoir si ses orientations dépendent des intérêts politiques ou des financements qu’elle reçoit.

« La trajectoire de la société civile est trop souvent dictée par des logiques partisanes et des opportunités financières à court terme », a-t-il déclaré lors de cette rencontre du CAP, dont il fut le président.

Le sociologue estime que les organisations citoyennes doivent engager une révision profonde de leurs mécanismes de financement. Il les invite à privilégier des partenaires dont les principes sont compatibles avec leurs missions et leur exigence d’indépendance, sans accepter de subordination financière.

Il a également critiqué les changements de position de certaines organisations au gré de leurs intérêts politiques.

« Nous avons aujourd’hui une société civile soumise à la carte publique, une société civile inconsistante », a-t-il affirmé, dénonçant des acteurs qui, selon lui, changent de camp en fonction de leurs relations avec les partis politiques.

La souveraineté citoyenne passe par la base

Au-delà de la question financière, Abdoulaye Niang place les communautés locales au centre de la refondation de la société civile. Pour lui, une organisation citoyenne ne peut revendiquer une véritable souveraineté si elle ne répond pas directement aux préoccupations des populations.

« La véritable souveraineté d’une société civile réside exclusivement dans son rapport avec la base », a-t-il soutenu.

L’universitaire estime que les communautés doivent orienter les positions et les priorités des organisations qui prétendent défendre leurs intérêts. L’action citoyenne, selon lui, doit s’appuyer sur des valeurs ancrées dans les réalités locales et partagées par les populations.

Il considère ainsi que la légitimité d’une organisation repose d’abord sur sa capacité à écouter les citoyens, à traduire leurs besoins en propositions et à défendre leurs aspirations au changement.

Médias et recherche : deux leviers pour renforcer l’action citoyenne

Pour concrétiser cette vision, Abdoulaye Niang préconise un partenariat actif entre les organisations de la société civile et les médias. Cette collaboration permettrait de mieux expliquer les enjeux de l’actualité, de sensibiliser les populations et de rendre les messages citoyens plus accessibles.

Il juge également indispensable de mettre en place un conseil scientifique afin d’appuyer les prises de position sur la recherche, les données et l’expertise.

Cette démarche contribuerait, selon lui, à renforcer la crédibilité des propositions soumises aux décideurs et à dépasser les simples déclarations d’intention.

Construire une force de pression crédible

Pour Abdoulaye Niang, la société civile doit dépasser les logiques d’allégeance et de positionnement partisan pour devenir une force de pression indépendante, respectée et capable de peser durablement sur les politiques publiques.

L’objectif consiste à établir un rapport de force constructif avec les pouvoirs publics, tout en formulant des alternatives crédibles aux politiques mises en œuvre.

Selon les informations rapportées par l’Agence de presse sénégalaise (APS), l’universitaire a enfin exhorté les acteurs citoyens à bâtir des institutions indépendantes, capables de porter la voix des populations les moins entendues et de défendre leurs intérêts dans la durée.

Son appel remet ainsi au centre du débat la question de l’autonomie financière, de la légitimité populaire et de la responsabilité des organisations qui se réclament de la société civile.

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