Le bras de fer autour du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 s’intensifie au Sénégal. Après le rejet du texte en commission des Finances, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô dénonce ce qu’il considère comme une obstruction parlementaire et invite les députés de Pastef à formaliser leurs propositions. De son côté, le parti au pouvoir réclame des garanties sur les investissements sociaux, le pouvoir d’achat et la transparence de la dette publique.

Al Aminou Lô appelle les députés à présenter des amendements

Le rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 en commission n’a pas apaisé les tensions entre le Gouvernement et la majorité parlementaire. Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, conteste la manière dont les députés de Pastef s’opposent au texte. Il distingue les amendements, qu’il considère comme légitimes, des pratiques qu’il assimile à une entrave à l’action gouvernementale.

Le chef du Gouvernement appelle ainsi les parlementaires à transformer leurs critiques en propositions concrètes. « Ne punissez pas le peuple. Présentez vos amendements », leur a-t-il lancé.

Pour justifier le recours à une loi de finances rectificative, Ahmadou Al Aminou Lô rappelle que cet instrument permet à l’État d’ajuster son budget en fonction d’événements imprévus survenus au cours de l’exercice.

Cinq exigences au cœur du désaccord avec Pastef

Le différend ne porte pas uniquement sur la procédure parlementaire. Pastef-Les Patriotes conditionne son soutien au projet à la prise en compte de cinq exigences, notamment la préservation des investissements sociaux, la protection du pouvoir d’achat et une meilleure maîtrise de la dette publique.

Les subventions, les investissements, la fiscalité et les dépenses sociales constituent les principaux points de friction entre les deux camps. Avec 130 sièges sur les 165 que compte l’Assemblée nationale, Pastef dispose d’un poids déterminant dans l’examen du texte.

Le parti réclame également un meilleur contrôle des fonds spéciaux et davantage de transparence sur la dette publique. Le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, pour sa part, s’est abstenu lors du vote en commission.

Le Premier ministre rejette le débat télévisé proposé par Sonko

Sur le terrain politique et médiatique, Ahmadou Al Aminou Lô a comparé la conférence de presse du Gouvernement, ouverte aux questions des journalistes, aux points de presse organisés par Pastef. Il a invité le parti à se soumettre lui aussi aux questions des médias.

Le Premier ministre a toutefois écarté la proposition d’Ousmane Sonko d’organiser un débat télévisé consacré à la LFR 2026. Il estime devoir concentrer son temps sur les urgences gouvernementales et considère que le Parlement demeure le cadre institutionnel approprié pour discuter du budget.

Cette confrontation intervient dans un contexte social tendu, marqué notamment par un mot d’ordre de grève de 72 heures et par des revendications liées au pouvoir d’achat.

Le rejet en commission accentue les tensions

Vendredi, la commission des Finances et du Contrôle budgétaire a rejeté le projet de LFR 2026 ainsi que deux amendements présentés par l’exécutif.

Selon Ndarinfo, le Gouvernement affirme avoir transmis, le même jour, un mémorandum destiné à répondre aux interrogations des députés. Cette démarche n’a cependant pas permis de convaincre les membres de la commission.

Le rejet du texte ouvre ainsi une nouvelle séquence de négociations entre l’exécutif et les parlementaires, alors que les discussions budgétaires se déroulent dans un climat politique particulièrement tendu.

Un bras de fer institutionnel autour des prérogatives des pouvoirs publics

Le conflit budgétaire s’inscrit dans une confrontation plus large autour des crédits spéciaux et d’une proposition de loi portée par des députés de Pastef. Aminata Touré soutient la saisine du Conseil constitutionnel et appelle les institutions à respecter leurs compétences respectives.

Les tensions sont également alimentées par la composition du nouveau Gouvernement, formé sans présence officielle de Pastef, malgré la domination du parti à l’Assemblée nationale. Cette situation nourrit les interrogations sur les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye, membre de Pastef, le Gouvernement et la majorité parlementaire, alors que plusieurs ministres sont également issus de cette formation politique.

Des choix budgétaires décisifs pour les finances publiques

Au-delà du conflit politique, la LFR 2026 prévoit une révision importante des équilibres budgétaires. Les recettes de l’État passeraient de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de francs CFA, tandis que le déficit serait fixé à 7,6 % du produit intérieur brut (PIB).

Le projet prévoit également une hausse marquée des subventions énergétiques, qui passeraient de 250 à 790,3 milliards de francs CFA.

Autre enjeu majeur : le programme de 2,2 milliards de dollars conclu au niveau des services avec le Fonds monétaire international (FMI). Cet accord reste soumis à l’approbation du conseil d’administration de l’institution.

L’issue du bras de fer parlementaire sera donc déterminante pour la trajectoire budgétaire du Sénégal, la politique de soutien aux ménages et les relations avec ses partenaires financiers.

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