Après près de six mois de détention dans des lieux inconnus et sans procédure judiciaire connue, quatre militants pro-démocratie maliens ont comparu, mardi 20 octobre, devant le pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité à Bamako. Les autorités les ont ensuite transférés à la Maison centrale d’arrêt de la capitale. Toutefois, leurs proches dénoncent leur état physique préoccupant et l’absence de documents judiciaires, tandis que l’avocat et ancien ministre Mountaga Tall, enlevé en mai dernier, reste introuvable.
Quatre militants réapparaissent après plusieurs mois de détention
Au Mali, les proches de quatre militants pro-démocratie ont enfin pu connaître leur lieu de détention. Le mardi 20 octobre, les services de la Sécurité d’État ont présenté Youssouf Daba Diawara, Aboubacar Soumaré, Moussa « Abba » Djiré et Ibrahima Tamega au pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité à Bamako. À l’issue de cette comparution, les autorités les ont immédiatement transférés à la Maison centrale d’arrêt de la capitale.
Cette réapparition met fin à plusieurs mois d’incertitude pour leurs familles et leurs proches. Ces derniers décrivent toutefois des hommes très affaiblis après leur longue détention. « Ils sont très affaiblis et très amaigris », témoigne un proche. Un autre les juge « méconnaissables », tandis qu’un troisième s’inquiète de leur état psychologique : « Certains sont traumatisés, ils ont besoin de soins. » Malgré ces inquiétudes, leurs proches expriment un certain soulagement : « Ils sont en vie et on sait où ils sont. »
Les quatre hommes occupaient des responsabilités au sein de mouvements engagés en faveur de la démocratie. Youssouf Daba Diawara collaborait avec l’imam Mahmoud Dicko au sein de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS). De son côté, Aboubacar Soumaré présidait le mouvement Mali debout (Wuli Ki Jo Mali Ye), tandis que Moussa « Abba » Djiré dirigeait Yiriwa 223 et participait au Collectif des jeunes pour la démocratie.
Ces organisations, comme l’ensemble des partis et associations politiques du pays, ont été dissoutes par les autorités. Les quatre militants partagent également leur opposition au régime de transition et leur revendication d’élections ainsi que du respect de la Constitution.
Des arrestations en mai dans des circonstances différentes
Les services de la Sécurité d’État ont enlevé trois des quatre militants au début du mois de mai, en pleine rue à Bamako. Des hommes encagoulés les ont alors emmenés, sans que leurs proches puissent connaître leur lieu de détention pendant plusieurs mois.
Le parcours d’Ibrahima Tamega diffère légèrement. Membre du parti Convergence et du Collectif des jeunes pour la démocratie, il avait été officiellement arrêté en mai, puis placé en garde à vue au commissariat du troisième arrondissement de Bamako. Les enquêteurs le soupçonnaient d’avoir participé à l’apparition de graffitis hostiles à la Russie dans la capitale.
Cependant, les autorités n’ont jamais mis fin à sa garde à vue dans des conditions permettant de clarifier sa situation judiciaire. Il a ainsi continué à être détenu sans procédure judiciaire connue, jusqu’à sa présentation devant le pôle spécialisé en octobre.
Au-delà de leurs engagements politiques, ces quatre hommes ont en commun d’avoir continué à réclamer le retour à l’ordre constitutionnel et l’organisation d’élections, malgré les risques auxquels s’exposent les défenseurs de la démocratie au Mali.
Des inculpations rapportées, mais aucun document officiel transmis aux avocats
Leur comparution devant la justice n’a pas encore permis de clarifier les faits qui leur sont reprochés. Le journal malien L’Indépendant rapporte que les autorités les auraient inculpés pour « atteinte au crédit de l’État », « association de malfaiteurs » et « tentative de déstabilisation des institutions ».
Toutefois, le média ne précise pas les faits qui justifieraient ces accusations. De son côté, RFI indique ne pas avoir pu vérifier ces informations auprès d’une source judiciaire. Sollicité par la radio, le procureur du pôle spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité n’a pas donné suite.
Par ailleurs, l’entourage des quatre militants dénonce l’absence de documents officiels permettant à leurs avocats de connaître précisément les charges retenues contre leurs clients. Une semaine après leur première comparution devant un juge, les conseils n’avaient toujours reçu aucun document judiciaire, selon leurs proches.
« On court après ! », déplore l’un d’eux, illustrant les difficultés rencontrées par la défense pour obtenir des informations sur la procédure.
Mountaga Tall et son fils toujours introuvables
Alors que la réapparition des quatre militants a ravivé l’espoir de leurs proches, la situation de l’avocat et ancien ministre Mountaga Tall demeure préoccupante. Enlevé par les services de la Sécurité d’État en mai dernier, il reste détenu dans un lieu inconnu, sans procédure légale connue et sans possibilité de recevoir des visites depuis près de six mois.
Son fils, Cheick Mamadou Tall, se trouve dans la même situation. Selon les informations rapportées, les services de renseignement l’auraient attiré dans un piège en lui proposant de déposer des médicaments destinés à son père. Après son enlèvement, ils ne l’auraient pas laissé repartir.
L’avocat avait notamment engagé des procédures judiciaires pour contester la dissolution des partis politiques au Mali. Depuis son enlèvement, ses proches s’inquiètent de son état de santé et réclament des informations sur son sort.
Ainsi, malgré la réapparition des quatre militants pro-démocratie, l’incertitude persiste autour de Mountaga Tall et de son fils. Pour leurs familles, l’espoir suscité par la comparution des quatre hommes a progressivement laissé place à l’incompréhension et au désarroi, faute de nouvelles sur les deux détenus.

