Les États-Unis ont annoncé, ce 2 mars 2026, des sanctions contre l’armée rwandaise et quatre de ses officiers supérieurs, via l’OFAC (Bureau de contrôle des avoirs étrangers). La décision fait suite au soutien opérationnel direct apporté par Kigali au mouvement M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), suscitant une vive réaction du gouvernement rwandais.
Un soutien au M23 sanctionné par Washington
Les sanctions, évoquées depuis deux mois, placent l’armée rwandaise sur la liste américaine, entraînant le gel de ses avoirs aux États-Unis et l’interdiction de toute transaction avec des entreprises ou individus américains. Une exception temporaire est toutefois accordée aux contrats et opérations en cours jusqu’au 1er avril 2026.
Thomas Pigott, porte-parole du Département d’État, souligne que ces mesures interviennent quelques jours après la signature de la déclaration relative aux accords de Washington, alors que des combattants du M23 soutenus par Kigali ont pris le contrôle d’Uvira. Pour Washington, cette action constitue une violation manifeste des accords.
Le M23, déjà sanctionné par les États-Unis et l’ONU, est accusé de graves violations des droits humains et de violences contre des civils, y compris des femmes et des enfants. Selon Thomas Pigott, le soutien continu de l’armée rwandaise a permis au M23 de s’emparer de territoires souverains de la RDC et de poursuivre ces exactions. « Cette mesure illustre la détermination des États-Unis à faire respecter les accords de Washington », a-t-il ajouté, rappelant la disposition du président Donald Trump à utiliser tous les outils disponibles.
Quatre généraux rwandais sanctionnés
Washington a ciblé quatre hauts gradés responsables du soutien militaire au M23 :
- Mubarakh Muganga, chef d’état-major général des armées rwandaises, a planifié et commandé les opérations rwandaises dans l’est de la RDC avant juin 2023.
- Vincent Nyakarundi, actuel chef d’état-major de l’armée de terre, a conduit des opérations directes en soutien au M23.
- Ruki Karusisi, ancien commandant des forces spéciales et responsable de la 5e division d’infanterie, déjà sanctionné par l’UE depuis mars 2025.
- Stanislas Gashugi, qui a succédé à Karusisi à la tête des forces spéciales en mars 2025.
Selon Washington, des milliers de soldats rwandais opèrent dans l’est de la RDC, combattent aux côtés du M23, forment ses recrues et fournissent des équipements avancés, y compris des drones et des systèmes de brouillage GPS, pour maintenir le contrôle des territoires.
Des sanctions « historiques » selon les experts
Jason Stearn, spécialiste de la région des Grands Lacs, estime que ces mesures représentent « les sanctions les plus importantes contre le Rwanda depuis 30 ans ». Selon lui, elles envoient un signal diplomatique fort à Kigali. Un précédent en 2013, lorsque le Rwanda soutenait une autre rébellion du M23 et avait subi des suspensions d’aide de 300 millions de dollars, montre que la pression internationale peut contraindre le pays à réduire son soutien aux rebelles.
Kinshasa a salué ces sanctions dans un communiqué, exprimant sa « profonde reconnaissance aux États-Unis ».
Kigali dénonce des mesures « à sens unique »
Le gouvernement rwandais a réagi en dénonçant des sanctions « déséquilibrées » et « injustes ». Selon Kigali, elles visent uniquement une partie du processus de paix et déforment la réalité du conflit dans l’est de la RDC.
La porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, accuse la RDC d’attaques répétées par drones et d’offensives terrestres en violation du cessez-le-feu. Selon Kigali, ces sanctions unilatérales pourraient encourager Kinshasa à privilégier une solution militaire plutôt qu’un règlement diplomatique.
Le Rwanda réaffirme néanmoins sa détermination à respecter tous les aspects des accords de Washington, y compris le cadre d’intégration économique régionale.
