Invité de l’émission Jury du Dimanche, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, a placé la question du foncier rural au cœur du débat. Il a reconnu sans détour que l’accès à la terre constitue l’un des principaux obstacles à l’investissement agricole et à l’installation des jeunes en milieu rural.
Selon lui, tant que cette problématique ne sera pas résolue de manière structurelle, les ambitions agricoles du pays resteront limitées.
Une gestion foncière déconnectée des réalités agricoles
Le ministre a expliqué que les échecs du passé trouvent leur origine dans une mauvaise gouvernance foncière, souvent éloignée des réalités productives. Il a rappelé que, durant plusieurs années, des acteurs ont acquis des terres agricoles sans jamais les exploiter.
Dans de nombreux cas, ces bénéficiaires ont morcelé les terrains ou les ont détournés vers des usages non agricoles, vidant ainsi les projets de leur substance productive.
La spéculation au détriment des vrais projets agricoles
Cette situation, a souligné Mabouba Diagne, a nourri la méfiance des populations locales et des autorités municipales, tout en freinant le développement de projets agricoles sérieux. La spéculation foncière a pris le dessus, au détriment des producteurs et des investisseurs engagés dans l’agriculture réelle.
Pour le ministre, il devient impératif de rompre avec ces pratiques qui fragilisent la cohésion sociale et compromettent la souveraineté alimentaire.
Des réformes pour sécuriser la vocation agricole des terres
Face à ce constat, Mabouba Diagne a présenté plusieurs axes de réforme stratégique visant à garantir la destination agricole des sols. Il a plaidé pour une priorité accordée aux projets agricoles structurants, capables de créer de la valeur et de l’emploi.
Il a également insisté sur le renforcement du rôle des mairies et des autorités locales dans l’attribution des terres à vocation productive, afin d’assurer un meilleur contrôle et une meilleure transparence.
Les coopératives au cœur de la nouvelle stratégie foncière
Le ministre a mis en avant les coopératives agricoles communautaires comme levier central de la réforme. Ces structures permettent, selon lui, de mutualiser les superficies cultivables, de renforcer la solidarité locale et de faciliter l’accès au financement, aux intrants et aux services agricoles.
Cette approche collective vise à offrir une alternative crédible à l’accaparement individuel et à la fragmentation excessive des terres.
Vers une gouvernance foncière transparente et durable
Mabouba Diagne a enfin martelé la nécessité d’installer une gouvernance foncière transparente, capable de sécuriser les droits des producteurs tout en attirant des investisseurs sérieux. Il a été clair sur la ligne du gouvernement : le sol national ne doit plus servir de monnaie d’échange pour des spéculateurs.
« Il n’est pas question de céder des terres à des spéculateurs », a-t-il insisté, affirmant que la priorité reste la valorisation durable du sol sénégalais à travers des projets agricoles structurants et responsables.
