Adoptée dans la controverse, la loi Duplomb sur l’environnement provoque une mobilisation inédite. Une pétition citoyenne a franchi le seuil historique de 500 000 signatures, ouvrant la voie à un débat public à l’Assemblée nationale.
Le mécontentement face à la loi Duplomb prend une ampleur spectaculaire. Samedi 19 juillet, une pétition demandant son abrogation a atteint les 500 000 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale, un seuil inédit sous la Ve République. Ce cap ouvre la possibilité d’un débat en séance publique, sans toutefois permettre un réexamen de la loi sur le fond.
Éléonore Pattery, une étudiante de 23 ans engagée dans la santé environnementale, a lancé la pétition le 10 juillet, deux jours après l’adoption du texte initié par le sénateur LR Laurent Duplomb.En quelques jours, la mobilisation a explosé, notamment grâce au soutien de personnalités comme l’acteur Pierre Niney et de nombreux élus de gauche.
Une loi dénoncée pour ses impacts environnementaux
La pétition vise particulièrement la réintroduction dérogatoire d’un pesticide interdit en France, le relèvement des seuils d’autorisation pour les bâtiments d’élevage, et la facilitation de la construction d’ouvrages de stockage d’eau. Pour ses opposants, ce texte constitue un grave recul en matière de santé publique et de protection de la biodiversité.
Dans un message relayé sur X, le parti La France insoumise a salué cette mobilisation : « Grâce à votre engagement, l’Assemblée nationale devra débattre de ce texte dangereux pour notre planète et notre santé ». D’autres figures de l’opposition, comme Boris Vallaud (PS) ou Delphine Batho (Génération Écologie), ont exigé l’inscription rapide de cette pétition à l’ordre du jour, voire appelé le président Macron à ne pas promulguer la loi.
Un recours déposé devant le Conseil constitutionnel
Les opposants ne misent pas uniquement sur la pétition. Le 11 juillet, plusieurs députés de gauche ont saisi le Conseil constitutionnel, dénonçant une adoption « expéditive » et un vice de procédure. Le texte avait pourtant obtenu une majorité le 8 juillet, malgré une motion de rejet préalable déposée – fait rare – par son propre rapporteur, le député Julien Dive (LR), qui pointait une obstruction parlementaire massive de la gauche.
« La loi Duplomb est une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire », écrit la jeune pétitionnaire, qui appelle à son abrogation immédiate et à une révision démocratique du processus législatif.
Un malaise dans la majorité, la droite défend son texte
Dans le camp présidentiel, la situation reste délicate. Si la majorité a soutenu la loi, elle évite désormais de s’exposer publiquement. Emmanuel Macron, déjà critiqué pour le recul écologique de son second mandat, voit la pression monter. Peut-il ignorer une mobilisation d’une telle ampleur ?
À droite, les défenseurs du texte assurent qu’il vise à soutenir l’agriculture française. « Il y a beaucoup de désinformation sur cette loi, notamment concernant les pesticides », affirme le député LR Fabien Di Filippo, dénonçant une « manipulation médiatique et militante ».
Un précédent démocratique
Sous la Ve République, jamais l’Assemblée n’avait encore débattu d’une pétition. Certes, cette mobilisation n’entraînera pas à elle seule l’annulation de la loi. Cependant, le débat annoncé constitue un tournant majeur.Pour Mathilde Panot, cheffe de file de La France Insoumise à l’Assemblée, il s’agit d’une « magnifique mobilisation citoyenne » à laquelle les institutions doivent répondre.
« Nous devons être à la hauteur des attentes portées par nos concitoyens », a résumé le député socialiste Arthur Delaporte. Le signal est lancé : les Français veulent peser davantage sur les choix politiques en matière d’écologie.
