Le Premier ministre indien Narendra Modi effectue, ce mercredi 25 février, une visite officielle de deux jours en Israël. S’il affiche une coopération bilatérale solide, il engage toutefois son pays dans un contexte régional explosif qui met à l’épreuve l’équilibre diplomatique de New Delhi.

Une relation consolidée au fil des années

Depuis l’établissement de relations diplomatiques en 1992, l’Inde et Israël ont progressivement intensifié leurs échanges. L’arrivée au pouvoir du Bharatiya Janata Party (BJP) a accéléré ce rapprochement.

Narendra Modi s’est rendu en Israël en 2017, puis Benyamin Netanyahu a effectué une visite officielle en Inde l’année suivante. Depuis, les deux dirigeants ont renforcé une coopération étroite dans les domaines commercial, technologique et militaire.

Aujourd’hui, cette nouvelle visite vise à consolider ce partenariat et à exploiter son « très fort potentiel », selon les diplomates des deux pays.

Un déplacement dans un climat régional explosif

Cependant, Narendra Modi arrive dans une région profondément instable. Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, les tensions persistent malgré les cessez-le-feu annoncés en 2025. Par ailleurs, le déploiement de forces américaines pour contenir l’Iran accentue le risque d’un embrasement régional.

En Inde, certains observateurs critiquent le timing de ce déplacement. Le politologue Nicolas Blarel souligne que New Delhi a annoncé la visite à la dernière minute, alors que Benyamin Netanyahu l’avait évoquée publiquement plus tôt, donnant l’impression d’une pression diplomatique.

Des intérêts économiques et sécuritaires en jeu

En parallèle, l’Inde protège ses intérêts stratégiques. Elle surveille de près la situation de ses neuf millions de ressortissants installés dans la région et a demandé à ses citoyens présents en Iran de quitter le pays.

De plus, New Delhi redoute une hausse des prix du pétrole en cas de conflit, ce qui fragiliserait son économie. À cela s’ajoute une controverse interne en Israël autour du discours prévu de Narendra Modi à la Knesset. Les autorités indiennes craignent qu’un éventuel boycott politique n’affecte l’image du déplacement, alors que des élections régionales se déroulent en Inde.

Un partenariat militaire et économique stratégique

Sur le plan stratégique, Israël s’impose désormais comme un partenaire militaire majeur de l’Inde. Entre 2020 et 2024, l’État hébreu a fourni 13 % de l’équipement militaire indien. Les deux pays négocient actuellement la production conjointe de drones, missiles, radars et navires de combat.

En retour, Israël bénéficie d’un accès privilégié au vaste marché indien. Le commerce bilatéral a atteint 3,75 milliards de dollars lors de l’exercice fiscal 2024-2025, notamment dans les secteurs de la technologie, de l’agriculture et de la sécurité.

Un équilibre diplomatique délicat

Enfin, Benyamin Netanyahu souhaite intégrer l’Inde dans un réseau d’alliances destiné à contrer ce qu’il qualifie d’« axes radicaux » au Moyen-Orient. Toutefois, certains analystes indiens perçoivent cette orientation comme un risque pour la diplomatie traditionnelle d’équilibre de New Delhi.

Alors que l’Inde préside cette année les BRICS et ambitionne de s’imposer comme leader du « Sud global », elle cherche à maintenir une posture pragmatique et multi-alignée. Dans ce contexte, la visite de Narendra Modi en Israël illustre autant la solidité du partenariat bilatéral que la complexité des choix stratégiques auxquels l’Inde doit désormais faire face.

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