Le gouvernement de Afrique du Sud n’a pas encore précisé le nombre de soldats qui seront mobilisés pour lutter contre la criminalité et les gangs sur son territoire. Toutefois, le ministre de la Police, Firoz Cachalia, a indiqué que trois zones particulièrement touchées seront ciblées.

Il s’agit de la province du Cap-Occidental, notamment la ville du Le Cap, de la province du Gauteng où se trouvent Johannesburg et Pretoria, ainsi que de la province du Cap-Oriental. Dans cette dernière, la criminalité liée aux gangs a fortement augmenté, notamment à Port Elizabeth, East London et Mthatha.


Un soutien à une police débordée

Avec ce déploiement, l’exécutif entend appuyer une police jugée dépassée par la violence des gangs et par l’ampleur de l’exploitation minière illégale. Le pays affiche l’un des taux d’homicide les plus élevés au monde, avec environ 60 morts par jour.

Au Cap, des affrontements entre gangs pour le contrôle de points de vente de drogue provoquent régulièrement des fusillades. Dans le Gauteng, des violences sont également liées à l’activité minière illégale.


Des réactions prudentes dans la classe politique

L’annonce suscite des réactions mitigées. Mmusi Maimane, dirigeant du parti Build One South Africa (BOSA), estime que l’armée ne peut constituer qu’une solution temporaire : « Déployer l’armée ne peut pas être une solution permanente à un problème de criminalité aussi chronique. Les soldats ne sont pas des policiers. […] Le plus important est de renforcer les capacités de la police. »

Plusieurs observateurs considèrent cette décision comme un aveu d’échec des forces de sécurité. Le spécialiste Ricardo Teixeira souligne que le maintien de l’ordre ne relève pas du mandat des forces armées, qui ne sont pas formées pour interagir avec les civils. Il évoque également une charge financière supplémentaire pour une armée déjà confrontée à des contraintes budgétaires.

Le chercheur John Stupart partage ces inquiétudes, rappelant que les forces armées sud-africaines sont elles-mêmes sous-financées et peu préparées à la lutte contre la criminalité urbaine. En 2019, l’armée avait déjà été déployée contre les gangs au Cap, sans résultat durable.


Une armée en pleine reconfiguration

Cette décision intervient alors que l’armée sud-africaine entame une phase de réorganisation, après l’annonce, début février, de son retrait de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco), en République démocratique du Congo, où elle était engagée depuis 27 ans.

Dans ce contexte, le recours accru à l’armée pour des missions de sécurité intérieure soulève un débat de fond sur le rôle des forces armées et la capacité structurelle de la police sud-africaine à faire face à une criminalité enracinée.

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