Dans l’émission Source A de ce jeudi, Papa Sarr, un jeune Sénégalais de 26 ans, est revenu sur son voyage avorté vers le Canada et les violences qu’il dit avoir subies au Ghana. À travers ce témoignage, il affirme vouloir alerter les jeunes tentés par l’émigration clandestine, après avoir vécu une expérience similaire à celle du jeune footballeur Cheikh Touré, dont la mort avait suscité une vive indignation.
L’appât du Canada
Tout commence, raconte-t-il, par un appel de son cousin Aliou Sarr, qui travaillait au marché Ocass de Touba. Ce dernier lui aurait expliqué qu’une personne pouvait l’aider à rejoindre le Canada en passant par le Ghana.
Selon lui, il devait verser 5 millions de francs CFA pour constituer le dossier.
« J’avais déjà trois millions et j’ai contracté un prêt de deux millions pour compléter la somme », explique-t-il.
Son cousin lui aurait assuré qu’une fois arrivé au Ghana, il lui suffirait de se rendre à l’ambassade pour faire cacheter ses documents avant de poursuivre le voyage vers le Canada.
Un rendez-vous qui mène en forêt
Mais une fois au Ghana, la situation prend une tournure inattendue. Après trois jours d’attente, l’homme chargé de l’accompagner lui donne rendez-vous.
« Au lieu de me conduire à l’ambassade, il m’a amené dans une forêt », raconte-t-il.
Sur place, il affirme avoir trouvé plusieurs Sénégalais et deux Ghanéens. Les hommes présents auraient immédiatement confisqué leurs téléphones.
Un système de recrutement forcé
Selon Papa Sarr, les individus présents leur auraient expliqué qu’ils devaient recruter d’autres Sénégalais en leur faisant croire qu’ils étaient déjà installés au Canada.
Chaque nouvelle personne paierait à son tour 5 millions de francs CFA, et les recruteurs seraient rémunérés selon le nombre de personnes attirées, jusqu’à 150 000 francs CFA par semaine.
C’est à ce moment-là que son cousin Aliou Sarr serait apparu.
« J’étais surpris parce que je pensais qu’il était au Canada. Il m’a dit que s’il m’avait dit qu’il était au Ghana, je ne serais jamais venu », explique-t-il.
La peur et la menace
Lorsque le jeune homme a commencé à protester et à demander à rentrer au Sénégal, les autres auraient affirmé qu’il était désormais lié par un “contrat de 90 ans”.
Un autre Sénégalais, présenté comme Baye Karim, lui aurait conseillé de garder son calme et de trouver une stratégie pour s’échapper.
Selon lui, les individus présents lui auraient également révélé que le jeune footballeur Cheikh Touré aurait été tué dans cette même pièce.
Séquestration et tortures
Papa Sarr affirme avoir été retenu pendant une semaine, puis isolé dans une chambre.
« Pendant trois jours, ils ne m’ont rien donné à manger ni à boire », raconte-t-il.
Il assure également avoir été torturé avec une barre de fer. Refusant de demander de l’argent à sa famille pour être libéré, il dit avoir simulé la mort pour tromper ses ravisseurs.
Une fuite dans la nuit
Selon son récit, les hommes présents dans la pièce l’auraient cru mort et auraient laissé son téléphone et ses pièces d’identité à côté de lui avant de quitter les lieux.
Profitant de ce moment, il aurait quitté la pièce vers trois heures du matin et marché toute la nuit.
« J’ai suivi les lumières au loin jusqu’à un rond-point où deux policiers m’ont secouru », explique-t-il.
Les agents lui auraient donné de l’eau avant qu’il ne contacte une connaissance originaire de Thiaroye, installée au Ghana.
Retour au Sénégal
Cette personne l’aurait récupéré au poste de police, tandis que l’ambassade du Sénégal aurait pris en charge son billet de bus jusqu’en Côte d’Ivoire.
De retour au Sénégal, Papa Sarr a passé 15 jours à l’hôpital de Thiaroye avant de rentrer chez lui.
Aujourd’hui, il affirme vouloir mettre en garde les jeunes Sénégalais.
« Les Sénégalais sont nombreux là-bas. Beaucoup font croire à leurs familles qu’ils sont au Canada », conclut-il, affirmant n’avoir jamais imaginé être « traité de cette sorte par ses propres frères sénégalais ».
