Le dernier rapport du Mixed Migration Centre (MMC) pour le quatrième trimestre 2025 dresse un constat alarmant de la mobilité humaine en Afrique de l’Ouest et centrale. L’insécurité persistante au Sahel central ne se limite plus aux déplacements internes : elle transforme durablement la démographie des pays côtiers et redéfinit les routes migratoires régionales et internationales.
Selon le MMC, la région comptait plus de 3,7 millions de réfugiés et demandeurs d’asile en novembre 2025.
Les pays côtiers sous pression : le cas emblématique de la Côte d’Ivoire
La Côte d’Ivoire illustre de manière spectaculaire cette dynamique. En octobre 2025, le nombre de réfugiés officiellement reconnus est passé de 2 541 à plus de 73 000, à la suite d’un décret qualifié d’historique. Celui-ci a accordé le statut de réfugié à 69 000 Burkinabè et 1 500 Maliens.
Plus à l’est, le Bénin enregistre la plus forte hausse des demandes d’asile de la région, avec une progression de 42 %, portée principalement par l’arrivée de ressortissants nigériens fuyant l’instabilité politique et sécuritaire.
Le paradoxe malien : insécurité extrême et terre d’accueil
Malgré une situation sécuritaire critique, le Mali demeure paradoxalement un pays d’accueil. Le nombre de réfugiés y a augmenté de 115 % en un an, sous l’effet des arrivées massives de Burkinabè (+131 %) et de Nigériens (+132 %).
Ces flux exercent une pression considérable sur les capacités locales, notamment dans la région de Tombouctou, qui a connu en novembre 2025 son mois le plus meurtrier depuis deux ans. Le MMC avertit par ailleurs que la violence se rapproche dangereusement des frontières de la Mauritanie, du Sénégal et de la Guinée.
Migration vers l’Europe : un basculement des routes
Sur le plan international, l’année 2025 marque un tournant majeur. La route de la Méditerranée occidentale, vers l’Espagne continentale, est devenue le principal point d’entrée en Europe, devançant désormais la route de l’Atlantique vers les îles Canaries.
Fait notable, les ressortissants d’Afrique de l’Ouest ne figurent plus, pour la première fois, dans le Top 10 des arrivées par mer en Italie.
Au Sénégal, la coopération renforcée avec l’Espagne a permis l’interception de 3 500 personnes lors de tentatives de traversée maritime.
Des politiques nationales contrastées
Le rapport souligne également des réponses étatiques divergentes. Le Niger a adopté une ligne dure, procédant à des expulsions massives estimées à 20 000 personnes pour les seuls mois d’octobre et novembre 2025.
À l’inverse, le Ghana a suscité un vif débat en concluant un accord migratoire avec les États-Unis, acceptant d’accueillir des migrants expulsés par Washington en échange d’un assouplissement des restrictions de visas américains pour ses ressortissants.
Une migration mixte marquée par l’extrême vulnérabilité
Au-delà des chiffres, le MMC rappelle que la migration mixte, mêlant réfugiés, victimes de traite et migrants économiques, demeure un parcours de vulnérabilité extrême.
Qu’ils figurent parmi les 169 000 Maliens réfugiés en Mauritanie ou qu’ils soient en transit vers le nord, ces migrants partagent une même réalité : exposition constante aux violations des droits humains et dépendance accrue aux réseaux de passeurs.
