Le Sénégal affiche depuis plusieurs années des niveaux de production élevés en oignon et en pomme de terre. Pourtant, malgré cette autosuffisance apparente, le secteur maraîcher reste confronté à des pertes importantes liées au manque d’infrastructures de conservation et à des déséquilibres sur le marché.

Une production nationale en forte progression

Depuis 2017, la production nationale d’oignon dépasse les 400 000 tonnes. Les données disponibles indiquent notamment 435 000 tonnes d’oignons et 143 640 tonnes de pommes de terre produites en 2022, selon la Direction de l’analyse, de la prévision et des statistiques agricoles (DAPSA).

Au regard des besoins de consommation annuelle, ces volumes permettent d’affirmer que le Sénégal atteint l’autosuffisance pour ces deux spéculations. Toutefois, cette performance masque un problème structurel majeur : les pertes post-récolte.

En effet, une part importante des récoltes se détériore chaque année. Cette situation s’explique principalement par le manque d’unités de conservation adaptées, capables de préserver ces produits agricoles très périssables.

La conservation, principal défi du maraîchage

Dans le sous-secteur horticole, et plus particulièrement dans le maraîchage, l’enjeu central reste la conservation des produits fortement consommés par les Sénégalais, notamment l’oignon et la pomme de terre.

Faute d’infrastructures modernes de stockage, une grande quantité de produits se perd par pourriture ou détérioration, ce qui réduit les revenus des producteurs et fragilise l’équilibre du marché.

Ainsi, même si la production progresse, l’absence d’un système efficace de conservation limite l’impact réel de cette performance agricole.

Des tensions persistantes sur le marché de la pomme de terre

Les difficultés du secteur ne se limitent pas aux pertes post-récolte. Elles concernent également la régulation du marché, notamment face aux acteurs de l’agrobusiness.

Depuis plusieurs années, l’État met en place un système de gel des importations ou des ventes, afin de protéger la production locale. L’objectif est simple : permettre aux producteurs sénégalais d’écouler leur récolte avant l’arrivée de produits concurrents sur le marché.

Cependant, selon plusieurs producteurs de la zone des Niayes, certaines entreprises auraient réussi à contourner ce dispositif. Dès 2019, l’Association des unions maraîchères des Niayes (AUMN) dénonçait déjà ce phénomène.

Selon eux, d’importantes quantités de pommes de terre seraient mises sur le marché juste avant la fin de la période de restriction. Cette situation entraîne une saturation du marché au moment même où les producteurs locaux commencent à commercialiser leurs récoltes.

Conséquence : les prix chutent et les petits exploitants peinent à écouler leur production.

L’avantage logistique des grandes entreprises

Contrairement aux producteurs locaux, certaines entreprises d’agrobusiness disposent d’infrastructures de conservation modernes. À titre d’exemple, certaines structures peuvent stocker jusqu’à 115 000 tonnes de produits, grâce à des installations technologiques avancées.

Cet avantage logistique leur permet de gérer les volumes et les périodes de mise sur le marché, ce qui accentue le déséquilibre face aux petits producteurs.

Vers une meilleure régulation du secteur

Pour de nombreux acteurs du secteur agricole, la solution passe par une régulation plus stricte du marché.

Plusieurs recommandations émergent :

  • Renforcer les infrastructures de conservation pour réduire les pertes post-récolte ;
  • Instaurer des quotas stricts pour les entreprises d’agrobusiness durant leurs périodes d’autorisation ;
  • Protéger davantage la commercialisation des produits locaux au début de chaque campagne.

Une telle stratégie permettrait aux producteurs sénégalais d’écouler leurs récoltes dans de meilleures conditions tout en consolidant les acquis du pays en matière d’autosuffisance agricole.

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