Alors que le Lac Rose retrouve sa couleur emblématique et attire de nouveau les touristes, un projet immobilier porté par le groupe égyptien Casa Orascom fait naître de nombreuses inquiétudes. Acteurs touristiques, exploitants de sel et riverains s’interrogent sur l’avenir de ce site fragile face à une urbanisation d’envergure.
Un projet ambitieux en pleine résurgence touristique
Le Lac Rose, joyau naturel du Sénégal, attire à nouveau les visiteurs. Après des années de morosité due à la perte de sa couleur magique causée par des déversements d’eau pluviale en 2022, il revit. Pirogues, quads, artisans et touristes reprennent progressivement leurs activités, portés par l’espoir d’un retour durable de l’animation économique.
C’est dans ce contexte que le groupe Casa Orascom propose la construction d’une « ville verte » sur 216 hectares entre le lac et l’Atlantique. Ce pôle urbain promet logements accessibles, connectivité moderne et intégration écologique. Un projet défendu par le maire de Tivaouane Peulh-Niague, Momar Coumba Diop, qui y voit un levier de développement local.
Levée de boucliers autour du lac
Mais cette perspective ne rassure pas tout le monde. De nombreux acteurs touristiques et habitants s’inquiètent des conséquences environnementales d’un tel projet. Almamy Bâ, guide touristique, craint pour son gagne-pain : « Ce serait dangereux pour le lac et nos emplois. »
Maguette Ndiour, président de la coopérative des exploitants de sel, insiste sur la fragilité de l’écosystème. « Entre les dunes et la mer, implanter un projet de cette ampleur est risqué », avertit-il.
Même son de cloche chez Ibrahima Mbaye de l’association Aar Lac Rose : « On ne rejette pas le développement, mais il faut le faire intelligemment. Le lac est un site sensible, protégé par la bande des filaos. »
Des appels à la délocalisation
Les opposants au projet ne contestent pas son utilité, mais son emplacement. Amadou Bokoum Diouf, président du Syndicat d’initiative et du tourisme du Lac Rose, milite pour une délocalisation : « Ce site doit rester naturel et touristique. Construire ici, c’est compromettre l’avenir du lac. »
Le poids du souvenir et la mémoire d’un site emblématique
Le Lac Rose n’est pas un simple lieu. Il est chargé de mémoire, connu pour avoir accueilli l’arrivée du rallye Paris-Dakar. C’est aussi un poumon économique, avec plus de 3000 personnes vivant de l’exploitation du sel. Avant 2022, on y récoltait environ 60.000 tonnes de sel par an, destinées à plusieurs pays de la sous-région.
La montée des eaux, causée par les pluies déversées, a interrompu l’activité, inondé des infrastructures hôtelières et dévasté le village artisanal. Le retour progressif du sel et de la couleur rose redonne espoir. Mais les acteurs veulent d’abord sécuriser cette résilience fragile.
Quel avenir pour le Lac Rose ?
Le dilemme est réel : comment concilier développement urbain, attractivité économique et préservation écologique ? Le projet Casa Orascom peut être une opportunité s’il respecte le caractère unique du site. Mais sans concertation réelle et garanties environnementales solides, il risque d’aggraver la vulnérabilité du Lac Rose.
Pour beaucoup, l’enjeu est clair : sauver la magie du lac sans sacrifier les populations qui en vivent.
