L’absence de données fiables sur les personnes en situation de handicap constitue un frein majeur à leur prise en charge sanitaire au Sénégal. Pour combler cette lacune, la Direction de la santé de la mère et de l’enfant forme ses agents à l’outil international « Washington Group ».
Un manque de données qui freine les politiques de santé
Au Sénégal, l’insuffisance de statistiques fiables complique la prise en charge médicale des personnes en situation de handicap.
Pour corriger cette invisibilité dans les registres sanitaires, la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME), en partenariat avec l’ONG Humanity & Inclusion, a lancé un atelier de formation consacré à l’outil international Washington Group Questions.
L’objectif est de transformer la collecte de données afin de bâtir un système de santé plus inclusif.
Des registres sanitaires peu inclusifs
Le constat dressé par les acteurs du secteur est préoccupant. Dans la majorité des structures sanitaires, les outils de collecte de données ne prennent pas en compte la dimension du handicap.
Selon Khady Ndao, cheffe de projet Santé de la reproduction chez Humanity & Inclusion, les registres actuels ne permettent pas d’identifier les patients concernés.
« Il n’y a pas de colonne permettant d’identifier les personnes handicapées qui fréquentent les services de santé, à l’exception de certains services de reproduction », explique-t-elle.
Pour remédier à cette situation, un atelier de deux jours réunit les agents de la Division de la santé de la mère et de l’enfant afin de les former à l’utilisation de l’outil Washington Group Questions.
Former les agents et adapter les outils
L’initiative poursuit un double objectif.
D’une part, elle vise à renforcer les capacités du personnel sanitaire dans la collecte de données. D’autre part, elle doit soutenir un plaidoyer pour adapter les outils statistiques du ministère de la Santé.
Selon Khady Ndao, les équipes rencontrent souvent des difficultés à obtenir des chiffres précis, car les registres de consultation actuels ne sont pas conçus pour intégrer la dimension du handicap.
Un écart statistique préoccupant
Les données disponibles illustrent l’ampleur du problème.
Le recensement de 2008 estimait la prévalence du handicap à 5 % au Sénégal. Le dernier recensement de 2023 l’évalue désormais à 7,3 %.
Cependant, ce chiffre reste très inférieur à la moyenne mondiale, estimée à environ 16 %.
Pour Ahmed Mawloud Niang, conseiller en travail social à la Division de la santé de l’adolescent, cet écart reflète surtout un problème de collecte de données.
« Si la norme mondiale est de 16 % et que nous stagnons à 7 %, cela prouve que le problème de la collecte des données est réel », souligne-t-il.
Une méthode pour réduire la stigmatisation
Au-delà des statistiques, l’outil Washington Group Questions propose une approche différente pour identifier les situations de handicap.
Plutôt que de demander directement si une personne est handicapée, la méthode repose sur l’identification de limitations fonctionnelles, notamment :
- la vision ;
- l’audition ;
- la mobilité ;
- la concentration ;
- la capacité à prendre soin de soi.
Cette approche permet d’éviter la stigmatisation souvent associée au terme « handicap ».
Selon Ahmed Mawloud Niang, poser des questions sur les difficultés quotidiennes facilite le dialogue avec les patients.
Vers un système de santé plus inclusif
Pour Khady Ndao, cette méthode permet aux patients de décrire leur situation avec davantage de dignité et de respect.
La mise en place de données fiables constitue ainsi une étape essentielle pour améliorer la planification des politiques publiques.
En renforçant la collecte de données sur le handicap, les autorités sanitaires espèrent bâtir un système de santé plus inclusif, capable de répondre aux besoins de tous les citoyens sans exclusion.
