Alors que des milliers d’agents publics attendent toujours le paiement de leurs salaires, la décision d’allouer plus de 8 milliards de FCFA à l’achat de véhicules pour les députés relance le débat sur les priorités budgétaires de l’État. Dans cette tribune, Ardo Gningue dénonce une incohérence majeure entre les discours officiels sur le manque de moyens et certaines dépenses jugées somptuaires.


Débloquer plus de 8 milliards de francs CFA pour l’acquisition de 165 véhicules destinés aux députés, soit environ 50 millions de francs CFA par voiture, alors que des milliers de travailleurs de l’administration et des services publics restent impayés, pose un sérieux problème de cohérence et de hiérarchisation des priorités de l’État.

En cette fin d’année 2025, 18 716 agents des collectivités territoriales n’ont toujours pas perçu leur salaire du mois de décembre. À cela s’ajoutent les maîtres contractuels et professeurs contractuels également en attente de paiement, les agents du Service civique national de solidarité (SECNSA), rattaché à la Primature, qui cumulent quatre mois d’arriérés, ceux de la Grande Muraille Verte (ASERGMV) avec deux mois impayés, ainsi que les tuteurs de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (ex-UVS), toujours dans l’expectative pour les mois de novembre et décembre.

Dans ce contexte social tendu, la volonté affichée du régime de faire passer en force des réformes constitutionnelles à l’Assemblée nationale interroge. L’argument avancé d’un manque de moyens financiers pour organiser un référendum, notamment évoqué par le doyen Seydi Gassama, apparaît difficilement conciliable avec certaines décisions budgétaires récentes.

Offrir des véhicules de luxe aux députés dès le premier trimestre de 2025, avant même l’adoption de projets de loi portant sur la réforme de la Constitution, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de la magistrature, soulève de légitimes interrogations. Le timing et les montants engagés donnent le sentiment d’un décalage profond entre les discours de rigueur et la réalité des dépenses publiques.

Dès lors, il devient difficile de soutenir que l’État sénégalais ne dispose pas des ressources nécessaires pour organiser un référendum. Le Sénégal est désormais un pays producteur de pétrole et de gaz. Dans le même temps, le Premier ministre se déplace en jet privé, des dons de 15 millions de francs CFA sont accordés à certaines communes, et un financement de 5 milliards de francs CFA est mobilisé pour accompagner des ex-détenus.

La question n’est donc pas seulement celle de la disponibilité des ressources, mais bien celle des choix politiques et budgétaires. À l’heure où de nombreux citoyens peinent à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, l’État est interpellé sur sa capacité à replacer l’humain, la justice sociale et l’équité au cœur de l’action publique.
Par Ardo Gningue

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *