Le blocage du détroit d’Ormuz provoque une onde de choc sans précédent sur le commerce international. Si les produits pétroliers figurent en première ligne, de nombreux secteurs industriels subissent déjà les répercussions de cette paralysie stratégique.

Un point névralgique pour l’énergie mondiale

Le Détroit d’Ormuz constitue l’une des routes maritimes les plus stratégiques au monde. Chaque année, près d’un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié y transitent. Cette voie maritime assure principalement les exportations d’hydrocarbures des pays du Golfe vers les marchés internationaux.

Toutefois, les analystes relativisent son rôle sur la grande route commerciale Asie-Europe. En effet, cette trajectoire s’achève en cul-de-sac aux abords du Koweït, de l’Irak et de l’Iran. En revanche, le passage demeure essentiel pour les échanges régionaux.

Jebel Ali, plaque tournante régionale

Le détroit permet notamment d’approvisionner le port de Jebel Ali, à Dubaï, considéré comme le 10e port mondial de conteneurs. Véritable hub logistique, il redistribue des marchandises vers plus d’une dizaine de pays, de l’Afrique de l’Est à l’Inde.

À Jebel Ali, les grands porte-conteneurs transfèrent leurs cargaisons sur des navires plus petits, chargés d’assurer la desserte régionale. Ce système soutient un vaste réseau d’importations et d’exportations : automobiles et machines industrielles allemandes, céréales et produits agricoles français, cosmétiques, produits pharmaceutiques et articles de luxe. L’Italie expédie notamment marbre, céramiques et produits agroalimentaires, tandis que les Pays-Bas exportent également des denrées alimentaires.

En sens inverse, le Moyen-Orient exporte massivement des produits pétroliers et gaziers, mais aussi de l’aluminium primaire, dont il assure environ 9 % de la production mondiale.

Une situation sans précédent

Historiquement, le détroit n’a jamais été totalement fermé à la navigation. Même durant la guerre Iran-Irak (1980-1988) ou la guerre du Golfe, les échanges commerciaux ont continué malgré des attaques ciblées contre des pétroliers.

Cependant, la situation actuelle marque une rupture. Depuis le début des frappes sur l’Iran, plusieurs géants mondiaux du transport maritime — MSC, Maersk, CMA CGM, Hapag-Lloyd et COSCO — ont ordonné à leurs navires de suspendre leurs mouvements et de se mettre à l’abri.

Des groupes de pétroliers stationnent désormais au nord, près du Koweït, mais aussi aux abords de Dubaï. D’autres navires attendent à l’entrée du détroit, tandis que la flotte de commerce iranienne reste positionnée devant le port de Bandar Abbas.

Des délais allongés et des coûts en hausse

En conséquence, les chaînes logistiques mondiales se tendent. Plusieurs plateformes de commerce en ligne — Temu, Shein et Amazon — ont déjà averti leurs clients d’un allongement des délais de livraison, allant de quelques jours à une dizaine de jours selon les destinations.

Par ailleurs, les prix du fret augmentent, sous l’effet des surcoûts imposés par les armateurs pour les livraisons dans la région.

Enfin, les compagnies maritimes évitent également la mer Rouge et le canal de Suez, en raison de la menace persistante d’attaques des Houthis, alliés de l’Iran. Les navires privilégient désormais le contournement par le cap de Bonne-Espérance, au sud de l’Afrique. Cette alternative rallonge le trajet d’environ dix jours et entraîne un surcoût estimé à près de 30 %.

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