Le dépôt officiel de la candidature de Macky Sall par le Burundi, le 2 mars 2026, ne constitue nullement une initiative improvisée, mais représente au contraire l’aboutissement d’une stratégie diplomatique mûrement réfléchie et déployée avec constance durant près de deux années dans les cercles internationaux.
En agissant ainsi, ses soutiens ont habilement contourné les hésitations affichées à Dakar, tout en inscrivant cette démarche dans une dynamique continentale plus large qui dépasse désormais les considérations strictement nationales.
Cette séquence traduit donc une volonté claire de positionner l’ancien président sénégalais comme un candidat crédible et structuré, capable de rassembler au-delà de son espace politique d’origine.
Le soutien stratégique des grandes puissances
Selon plusieurs sources diplomatiques concordantes, Macky Sall aurait obtenu des garanties essentielles de la part de trois membres permanents du Conseil de sécurité, ce qui constitue un avantage considérable dans une élection où l’influence des grandes puissances demeure déterminante.
Ces États influents, soucieux de restaurer l’efficacité d’une institution souvent paralysée par les rivalités géopolitiques, estimeraient que son profil pragmatique et son expérience de médiateur pourraient redonner un nouvel élan à l’Organisation des Nations unies.
En misant sur lui, ils parient sur un leadership capable de dialoguer avec des blocs antagonistes, tout en maintenant un équilibre diplomatique dans un contexte international fragmenté.
Ainsi, au-delà de l’annonce officielle, c’est bien la solidité de ses réseaux et la profondeur de ses appuis qui façonnent aujourd’hui le socle de sa candidature.
Un “réalisme efficace” forgé dans l’action
Le parcours international de Macky Sall renforce cette perception, notamment à travers son mandat à la tête de l’Union africaine entre 2022 et 2023, période durant laquelle il a multiplié les initiatives diplomatiques sur des dossiers sensibles.
En juin 2022, il a conduit une mission auprès de Vladimir Poutine, tout en maintenant un dialogue actif avec les autorités ukrainiennes, démontrant ainsi sa capacité à engager des discussions simultanées avec des acteurs aux positions radicalement opposées.
Cette aptitude à négocier dans des contextes tendus, en maintenant un canal ouvert avec Moscou, Washington et Pékin, correspond précisément aux attentes des membres du Conseil de sécurité, qui recherchent un profil capable de dépasser les clivages idéologiques.
Par ailleurs, il bénéficie d’un levier structurel majeur avec le poids politique de l’Afrique, qui regroupe 54 États membres à l’Assemblée générale et constitue le bloc de vote le plus important, représentant près de 28 % des voix.
Pour de nombreux chefs d’État africains, cette élection représente une occasion historique de corriger un déséquilibre ancien dans la gouvernance mondiale, longtemps dominée par l’Europe, et d’affirmer la légitimité du continent à accéder au poste suprême.
Michelle Bachelet, une rivale solide et structurée
Face à lui, Michelle Bachelet s’impose comme une candidate expérimentée et soutenue activement par le Chili, le Brésil et le Mexique, ce qui confère à sa campagne une assise régionale significative.
Elle met en avant l’argument de la rotation géographique, en soulignant que l’Amérique latine n’a plus occupé ce poste depuis 1991, tout en mobilisant la question du genre, dans un contexte où l’ONU n’a encore jamais été dirigée par une femme depuis sa création.
Cependant, sa candidature pourrait se heurter à la fragmentation potentielle du vote latino-américain, ainsi qu’à l’absence d’un bloc électoral aussi homogène que celui dont bénéficie Macky Sall à travers le continent africain.
Ainsi, la compétition s’annonce serrée et dépendra largement des arbitrages opérés au sein du Conseil de sécurité, où les équilibres se jouent souvent loin des projecteurs.
Un paradoxe politique à Dakar et un tournant décisif
Cette élection révèle également un paradoxe interne au Sénégal, puisque l’État n’a pas officiellement porté la candidature de son ancien président, au risque de paraître en retrait face à une dynamique désormais continentale.
Pourtant, le profil de Macky Sall dépasse aujourd’hui les clivages domestiques et s’inscrit dans une perspective stratégique plus large, où se croisent ambitions africaines et calculs des grandes puissances.
Le duel apparaît désormais frontal : si Michelle Bachelet occupe encore l’espace du débat public, Macky Sall conserve l’avantage de réseaux influents, d’un soutien présumé au sein du P5 et d’une mobilisation africaine structurée.
Dans les prochains jours, sa campagne devrait entrer dans une phase de visibilité accrue, avec l’objectif affiché de transformer cette aspiration au rééquilibrage mondial en majorité décisive au sein du Conseil de sécurité, où se jouera l’ultime arbitrage de cette bataille diplomatique.

