Alors que la relative fraîcheur accompagne le jeûne à Dakar, la situation est bien différente dans plusieurs villages isolés de la région de Kolda, au cœur du Fouladou. Dans ces localités éloignées des centres urbains, les populations vivent le mois de Ramadan sous une chaleur accablante qui dépasse souvent les 40°C.

Entre l’absence d’électricité, l’enclavement des villages et la rareté des infrastructures, les conditions de rupture du jeûne deviennent particulièrement éprouvantes. Pour trouver du pain, de la glace ou simplement de l’eau fraîche, certains habitants doivent parcourir jusqu’à 40 kilomètres.

Saré Koubé : des kilomètres pour une simple glace

Dans le village de Saré Koubé, qui compte environ 300 habitants et se situe à près de 25 kilomètres de Kolda, la chaleur rend les journées de jeûne particulièrement difficiles.

À l’heure de l’iftar, moment tant attendu après une longue journée, de nombreuses familles n’ont ni eau fraîche ni glace pour se rafraîchir.

Certains habitants tentent malgré tout de vendre de la glace. Mais cette activité relève presque de l’exploit. À moto ou en mototaxi, ils parcourent plusieurs dizaines de kilomètres jusqu’à la ville de Kolda pour acheter des blocs de glace entre 100 et 150 FCFA. De retour au village, ils les revendent entre 300 et 350 FCFA.

Un prix que peu de familles peuvent se permettre.

Abdoulaye Talibé, habitant du village, témoigne :

« En ce mois de Ramadan, la chaleur est très forte ici. Après une journée de jeûne, notre seul souhait est de boire un peu d’eau fraîche. Mais c’est presque impossible sans électricité. »

Il poursuit :

« Vendre une simple glace à 350 FCFA à quelqu’un qui peine déjà à acheter du pain, c’est un luxe. Beaucoup de familles n’ont pas le choix : elles achètent du pain et renoncent à la glace. Nous rompons donc le jeûne avec de l’eau chaude malgré la canicule. »

Le transport représente aussi un obstacle majeur. Les habitants qui ne possèdent pas de moto doivent parfois payer jusqu’à 6 000 FCFA pour faire venir la glace depuis la ville, une marchandise qui fond souvent avant même d’arriver au village.

L’accès à l’eau : un autre combat quotidien

À Saré Koubé, le manque d’électricité n’est qu’une partie du problème. L’accès à l’eau potable reste également un défi permanent.

Les habitants dépendent de quelques puits souvent éloignés et insuffisants pour répondre aux besoins du village. Chaque jour, la corvée d’eau repose principalement sur les femmes.

« Nos femmes souffrent énormément. Très tôt le matin ou tard le soir, elles partent chercher de l’eau. Elles marchent des kilomètres avec leurs bébés au dos et de lourdes bassines sur la tête », raconte Abdoulaye Talibé.

Il lance un appel aux autorités :

« Nous demandons simplement de l’eau et de l’électricité. Nous faisons partie du Sénégal comme tout le monde. »

La même réalité à Saré Sissao

À environ 37 kilomètres de Kolda, dans le village de Saré Sissao, la situation n’est guère différente.

Mamadou Salif Baldé, chef du village de Mballo Kounda, décrit une chaleur difficilement supportable.

« Boire de l’eau fraîche est devenu un rêve ici. À 350 FCFA la glace, beaucoup de foyers se résignent à rompre le jeûne à l’eau tiède », explique-t-il.

Ce village, installé depuis près de 30 ans et qui compte environ 300 habitants, attend toujours l’arrivée de l’électricité.

« Nous demandons simplement aux autorités de penser à nous pour vivre dignement comme les autres Sénégalais », déplore-t-il.

À Sinthiang Bouré : 40 kilomètres pour du pain

Dans le village de Sinthiang Bouré, situé dans la commune de Koulinto, l’enclavement complique même l’accès aux produits les plus basiques.

Ibrahima Diamé, enseignant dans la localité, explique :

« Pour manger du pain ou avoir de la glace, il faut parcourir 40 kilomètres. Parfois, nous attendons les vendeurs, mais ils ne viennent pas à cause du mauvais état des routes. »

Il ajoute :

« Nous n’avons souvent d’autre choix que de rompre le jeûne sans pain et sans eau fraîche. Sous cette chaleur, c’est un calvaire pour tout le monde. »

Entre chaleur, fatigue et sentiment d’abandon

Dans ces villages enclavés du Fouladou, rompre le jeûne devient chaque jour un véritable défi.

Faute d’électricité et d’infrastructures, l’eau fraîche et le pain deviennent presque des produits de luxe. Les familles, confrontées à la pauvreté et à la chaleur, doivent souvent choisir entre se nourrir ou se rafraîchir.

Pour ces populations rurales, l’accès à l’électricité, à l’eau potable et à de meilleures routes ne représente pas un simple confort, mais une nécessité vitale pour vivre dignement, surtout en période de Ramadan.

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