En visite à Nairobi dans le cadre du sommet Africa Forward, le président français Emmanuel Macron a affirmé dimanche que l’époque du « pré carré » français en Afrique francophone appartenait désormais au passé. Une déclaration forte prononcée aux côtés de son homologue kényan, William Ruto, alors que Paris tente de redéfinir sa relation avec le continent africain après plusieurs revers diplomatiques en Afrique de l’Ouest.

Après une étape en Égypte, où il a inauguré le nouveau campus de l’université Senghor de la Francophonie à Alexandrie, Emmanuel Macron a rejoint la capitale kényane pour participer au sommet Africa Forward prévu les 11 et 12 mai 2026. Dès son arrivée, il s’est rendu à la State House pour un entretien bilatéral avec William Ruto, avant une conférence de presse conjointe.

Face aux journalistes, le chef de l’État français a assuré que la logique du « pré carré » en Afrique francophone était « terminée » depuis son arrivée au pouvoir en 2017. Il a insisté sur la volonté de la France de considérer l’Afrique « comme un tout », dans un contexte marqué par la dégradation des relations entre Paris et plusieurs pays francophones du Sahel.

Ces dernières années, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont obtenu le retrait des forces françaises de leur territoire, poussant Paris à revoir sa stratégie diplomatique sur le continent. Dans cette nouvelle approche, le Kenya apparaît comme un partenaire stratégique majeur pour la France en Afrique anglophone. Le choix de Nairobi pour accueillir le sommet Africa Forward illustre cette orientation : c’est la première fois que cette rencontre se déroule dans un pays anglophone.

William Ruto a salué cette dynamique de coopération, plaidant pour un partenariat fondé sur l’égalité et les investissements plutôt que sur l’aide traditionnelle. Le président kényan a mis en avant les atouts du continent africain, notamment sa jeunesse, ses ressources naturelles et son potentiel énergétique, appelant à une meilleure valorisation de ces richesses.

Cette coopération renforcée répond également à la stratégie du Kenya, qui cherche à diversifier ses alliances internationales. William Ruto a multiplié les déplacements diplomatiques aussi bien vers les États-Unis que vers la Chine afin d’attirer davantage d’investissements étrangers. Paris affirme déjà être le deuxième bailleur bilatéral du Kenya.

Plusieurs accords ont été signés dimanche entre les deux pays, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Paris et Nairobi défendent également des positions communes sur la réforme de l’architecture financière mondiale afin qu’elle réponde davantage aux besoins des pays du Sud.

Macron veut relancer les relations avec l’Algérie

Depuis Nairobi, Emmanuel Macron a aussi évoqué les relations franco-algériennes, exprimant l’espoir d’une reprise du dialogue après la récente visite en Algérie de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.

Le président français a dénoncé les tensions et les « postures de politique intérieure » qui ont, selon lui, fragilisé les relations entre les deux pays ces derniers mois. Il a plaidé pour une relation « apaisée, constructive et respectueuse » avec Alger afin de traiter ensemble les questions migratoires, sécuritaires, économiques et régionales.

Lors de cette visite, Alice Rufo et le président algérien Abdelmadjid Tebboune ont défini une feuille de route visant à renforcer la coopération sécuritaire et militaire entre les deux pays, après près de deux ans de crise diplomatique.

Pas de déploiement français dans le détroit d’Ormuz

Interrogé sur les tensions au Moyen-Orient et sur un éventuel déploiement militaire français dans le détroit d’Ormuz, Emmanuel Macron a assuré que la France n’avait « jamais envisagé » une telle opération.

Le chef de l’État français a expliqué que Paris travaillait plutôt à une mission de sécurisation maritime menée conjointement avec le Royaume-Uni et soutenue par une cinquantaine de pays et d’organisations internationales. Cette initiative vise à garantir la liberté de navigation et à permettre la reprise du trafic maritime dans la région, notamment pour l’acheminement des hydrocarbures, des denrées alimentaires et des engrais.

Emmanuel Macron a également réaffirmé son opposition à tout blocus dans le détroit d’Ormuz, qu’il provienne de l’Iran ou d’un autre acteur régional.

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