Invité du JDD ce dimanche 24 mai 2026, Me Oumar Youm a dressé un constat alarmant de la situation politique, économique et sociale du Sénégal. L’ancien ministre a également commenté le limogeage de l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko, qu’il considère comme une décision devenue inévitable pour restaurer la lisibilité de l’action publique.
Un Sénégal confronté à de multiples tensions
Me Oumar Youm a décrit un pays traversé par de profondes difficultés institutionnelles et sociales. Selon lui, plusieurs secteurs stratégiques connaissent actuellement des perturbations majeures. Il a notamment évoqué les grèves dans les universités et dans le secteur de la santé, mais aussi les difficultés rencontrées dans la commercialisation des produits agricoles.
Par ailleurs, l’ancien ministre a souligné la baisse du pouvoir d’achat des Sénégalais à l’approche de la Tabaski. À ses yeux, cette conjoncture fragilise davantage les ménages et accentue le malaise social.
En outre, Me Oumar Youm a exprimé ses inquiétudes concernant « l’état de la justice », « la confiscation des libertés » ainsi que « l’état de la presse ». Face à cette accumulation de tensions, il estime que le Sénégal traverse actuellement « une zone de turbulences » qui impose aux autorités un recentrage sur « l’essentiel ».
« Nous sommes des Sénégalais avant tout »
Malgré ses critiques envers le pouvoir en place, Me Oumar Youm affirme ne tirer aucune satisfaction politique des difficultés actuelles du pays.
« Nous sommes des Sénégalais avant tout », a-t-il déclaré, avant de regretter l’image d’un Sénégal devenu, selon lui, « l’un des pays les plus polarisés du monde ».
D’après l’ancien ministre, cette polarisation porte atteinte à la réputation internationale du Sénégal et suscite de nombreuses interrogations auprès des partenaires étrangers.
Un limogeage jugé inévitable
Revenant sur le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye, Me Oumar Youm a estimé que cette décision était attendue « depuis très longtemps ».
Selon lui, les divergences entre les deux têtes de l’exécutif avaient atteint un niveau tel qu’elles empêchaient le fonctionnement normal de l’État.
« Les dissensions avaient atteint des niveaux extraordinaires », a-t-il soutenu, en rappelant que les désaccords publics entre un président de la République et son Premier ministre rendaient la situation politique « illisible ».
Toujours selon Me Oumar Youm, cette confusion institutionnelle alimentait les interrogations des Sénégalais ainsi que celles des partenaires internationaux, au point que beaucoup ne savaient plus « qui détenait réellement le pouvoir ».
Une décision conforme aux prérogatives présidentielles
L’ancien ministre considère que le chef de l’État a pleinement exercé ses prérogatives constitutionnelles en mettant fin aux fonctions du Premier ministre.
« Le président choisit ses collaborateurs et peut remettre en cause ses choix », a-t-il rappelé, comparant cette responsabilité à celle d’un sélectionneur national.
De plus, Me Oumar Youm estime que cette décision permettra de clarifier le fonctionnement de l’exécutif et de rendre les orientations de l’État plus lisibles pour les investisseurs et les partenaires internationaux.
Des critiques contre l’attitude de l’ancien Premier ministre
Évoquant les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, Me Oumar Youm a dénoncé ce qu’il qualifie « d’arrogance » et de « manque de respect » de la part de l’ancien Premier ministre.
Selon lui, « un Premier ministre ne peut jamais écraser un président », dans la mesure où la Constitution sénégalaise fait du chef de l’État « la clé de voûte des institutions ».
Toutefois, l’ancien ministre reconnaît que le statut politique d’Ousmane Sonko, à la tête d’un parti disposant d’une majorité parlementaire, créait une configuration particulière au sommet de l’État. Néanmoins, il estime qu’aucune majorité ne peut justifier un empiètement sur les prérogatives présidentielles.
Le président au centre de l’arbitrage institutionnel
En conclusion, Me Oumar Youm a rappelé que le président de la République dispose, dans le système institutionnel sénégalais, de « tous les pouvoirs » nécessaires pour gérer les crises et arbitrer les conflits au sommet de l’État.

