Le climat se tend entre les travailleurs du Trésor public et les autorités. Pour la première fois depuis sa création, le Syndicat unique des travailleurs du Trésor (Sutt) envisage une confrontation directe avec l’État. Après avoir déposé un préavis de grève ce lundi, son secrétaire général, El Hadj Dioumorou Dia, a vivement critiqué les réformes en cours du Code général des impôts et du Code général des Douanes, qu’il considère comme une menace pour les missions historiques du Trésor.
Des compétences du Trésor menacées, selon le syndicat
Au cœur de la contestation figure le projet de transfert de certaines missions du Trésor vers d’autres administrations financières. En effet, les autorités envisagent de confier le recouvrement des impôts locaux à l’Administration fiscale et celui des droits de douane à la Direction générale des Douanes.
Pour le Sutt, cette orientation constitue une remise en cause profonde du rôle du Trésor public. Son secrétaire général dénonce ce qu’il qualifie de « processus continu de démantèlement » de l’institution.
« Nous refusons catégoriquement cette démarche », a déclaré El Hadj Dioumorou Dia dans les colonnes de L’Observateur. Selon lui, ces projets répondraient davantage à des intérêts corporatistes qu’à une réelle nécessité administrative.
Par ailleurs, le syndicat estime qu’aucun argument technique ne justifie une telle réorganisation. Il rappelle que le Trésor dispose déjà d’une présence territoriale importante ainsi que d’une expertise reconnue dans le domaine du recouvrement. Dans cette perspective, le Sutt demande à la Cour des comptes d’évaluer au préalable les conséquences du transfert du recouvrement des impôts d’État opéré en 2009 avant toute nouvelle réforme.
Des inquiétudes pour les collectivités territoriales
Au-delà de la défense des prérogatives du Trésor, le syndicat met également en garde contre les répercussions possibles de ces changements sur les collectivités locales.
Selon ses responsables, le retrait du recouvrement des impôts locaux réduirait considérablement la capacité des receveurs à anticiper les recettes futures. Cette situation pourrait compromettre l’octroi d’avances de trésorerie aux communes, dont beaucoup dépendent fortement de ce mécanisme pour assurer leur fonctionnement quotidien.
« Si le receveur n’a plus la visibilité sur les recettes attendues, il ne sera plus en mesure d’accorder des avances de trésorerie aux collectivités locales », a averti El Hadj Dioumorou Dia.
Le syndicat souligne que plusieurs collectivités territoriales risqueraient ainsi de rencontrer d’importantes difficultés financières.
Le dialogue au point mort
Alors que le Sutt affirme avoir privilégié la voie du dialogue depuis le début du dossier, les discussions avec les autorités semblent aujourd’hui dans l’impasse. Les audiences prévues avec le ministre des Finances, initialement programmées les 26 mai et 12 juin, ont été reportées, alimentant davantage le mécontentement des travailleurs.
Dans le même temps, le processus de réforme poursuit son cours, ce qui accroît les inquiétudes au sein de l’administration du Trésor.
Une grève désormais envisagée
Face à cette situation, le syndicat durcit le ton et n’exclut plus aucune forme de mobilisation. Une position inédite dans son histoire.
« Nous sommes face à un précédent dangereux. Jamais, depuis la création du Sutt, nous n’avions envisagé de déposer un préavis de grève, encore moins de déclencher un mouvement », a insisté son secrétaire général.
Le responsable syndical prévient enfin que toutes les voies de recours seront explorées pour défendre les intérêts du Trésor public. Actions juridiques, mobilisations sociales et initiatives syndicales pourraient ainsi être engagées dans les prochaines semaines si aucune solution n’est trouvée.
