La crise institutionnelle autour de l’Assemblée nationale prend une nouvelle dimension avec l’annonce par plusieurs députés de l’opposition d’une offensive diplomatique et juridique contre la gouvernance de l’institution dirigée par Ousmane Sonko. Après les recours introduits devant le Conseil constitutionnel concernant la révision de la Constitution et la situation du président de l’Assemblée, l’opposition entend désormais porter le différend sur la scène régionale et internationale, estimant que les récents événements traduisent une dégradation du fonctionnement démocratique du Parlement.
À l’origine de cette nouvelle escalade figure la séance plénière du 29 juin 2026, au cours de laquelle le député Abdou Mbow a été expulsé de l’hémicycle avec l’intervention des forces de gendarmerie. Cet épisode, largement relayé dans l’espace public, est présenté par les élus de l’opposition comme une rupture dans les pratiques parlementaires. Selon eux, le recours aux forces de sécurité à l’intérieur de l’Assemblée constitue un précédent susceptible d’affecter les garanties attachées au mandat parlementaire et à la liberté d’expression des députés.
Pour le député non inscrit Moussa Hamady Sarr, cette expulsion dépasse le simple cadre disciplinaire. Il considère qu’en privant un parlementaire de participer aux travaux de l’Assemblée, ce sont également les citoyens qu’il représente qui se trouvent privés de leur voix. Cette lecture nourrit le discours de l’opposition, qui dénonce une concentration excessive du pouvoir au sein de l’institution parlementaire depuis l’arrivée d’Ousmane Sonko à sa présidence.
Une internationalisation du différend parlementaire
Dans cette perspective, plusieurs députés annoncent leur intention de saisir différentes organisations parlementaires et institutions régionales, parmi lesquelles l’Union interparlementaire (UIP), l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), le Parlement de la CEDEAO, les organes de l’UEMOA ainsi que l’Union africaine. Des rencontres avec des représentations diplomatiques accréditées à Dakar sont également envisagées afin d’exposer leur analyse de la situation.
Les initiateurs de cette démarche affirment qu’il ne s’agit pas d’une campagne dirigée contre le Sénégal, mais d’une volonté d’alerter sur ce qu’ils considèrent comme des atteintes aux principes démocratiques, à la séparation des pouvoirs et au respect des droits des parlementaires. Cette stratégie traduit une volonté de donner une portée internationale à un conflit jusque-là essentiellement cantonné à la scène politique nationale.
Une mobilisation politique au niveau national
Parallèlement aux initiatives internationales, les députés de l’opposition annoncent l’ouverture d’une vaste campagne de sensibilisation auprès des différentes composantes de la société sénégalaise. Des rencontres sont prévues avec les autorités religieuses et coutumières, les organisations de la société civile, les syndicats, les universitaires, les mouvements de jeunesse ainsi que les associations de femmes.
Cette démarche vise à élargir le débat sur le fonctionnement des institutions et à mobiliser autour des questions relatives à l’État de droit. Selon Moussa Hamady Sarr, les atteintes aux principes démocratiques commencent souvent par des entorses jugées mineures avant de s’étendre progressivement aux fondements mêmes des institutions.
Ousmane Sonko toujours au centre des contestations
Depuis son élection à la présidence de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, Ousmane Sonko demeure au cœur de nombreuses controverses politiques et juridiques. L’opposition conteste toujours la régularité de son accession au perchoir ainsi que sa qualité de député, estimant que plusieurs dispositions constitutionnelles et électorales auraient été méconnues.
Le Front pour la défense de la République (FDR) réclame notamment son exclusion de l’Assemblée nationale, évoquant une « tentative de coup d’État parlementaire » et dénonçant une modification du règlement intérieur qu’il juge destinée à sécuriser sa position institutionnelle. Ces contestations, désormais portées devant les juridictions nationales et appelées à être relayées auprès d’instances internationales, témoignent de la persistance des tensions autour de la gouvernance du Parlement et de l’équilibre des pouvoirs au Sénégal.
