L’agriculture, l’industrie et plusieurs secteurs d’activité sud-africains font face à une grave pénurie de main-d’œuvre après le départ de milliers de travailleurs étrangers. Cet exode, déclenché par des manifestations anti-migrants et le renforcement des contrôles contre les sans-papiers, perturbe déjà les récoltes et la production dans plusieurs régions du pays.

Les exploitations agricoles manquent de bras

À Robertson, à 150 kilomètres du Cap, les producteurs d’agrumes peinent à recruter des ouvriers.

Les mandarines arrivent à maturité, mais les exploitations manquent de travailleurs pour les récolter.

Les vignobles rencontrent également des difficultés.

Les viticulteurs doivent tailler les vignes, mais les équipes se font rares.

Selon Aaron Majatamhe, ouvrier agricole, plusieurs exploitants s’inquiètent déjà des conséquences sur leurs récoltes.

Un exode provoqué par les tensions anti-migrants

Le manque de main-d’œuvre s’explique par le départ rapide de milliers de travailleurs étrangers.

Des manifestations hostiles aux migrants et le renforcement des contrôles contre les sans-papiers ont accéléré cet exode.

Selon un décompte de l’AFP, plus de 160 000 personnes ont quitté l’Afrique du Sud en quelques semaines.

Le Zimbabwe figure parmi les principaux pays de retour.

Ses autorités indiquent que nombre de leurs ressortissants travaillaient dans l’agriculture, le bâtiment et les services domestiques.

La production agricole déjà affectée

Les conséquences apparaissent déjà dans plusieurs filières.

Dans la province du KwaZulu-Natal, certains producteurs de canne à sucre affirment avoir perdu jusqu’à 80 % de leurs ouvriers.

Ils craignent désormais un ralentissement durable de la production.

Près de Mid-Illovo, des exploitants rappellent que la majorité des coupeurs de canne viennent du Lesotho.

Ils expliquent que cette activité reste difficile et attire peu de travailleurs sud-africains.

Le débat sur l’emploi des migrants se poursuit

Les organisations hostiles à l’immigration avancent une autre lecture.

Elles estiment que certains employeurs privilégient les travailleurs étrangers parce qu’ils coûtent moins cher.

Le syndicat agricole CSAAWU partage cette analyse.

Il accuse plusieurs employeurs de faire travailler des migrants dans des conditions précaires.

Selon le syndicat, certains effectuent sept jours de travail par semaine et perçoivent un salaire inférieur au minimum légal.

Le gouvernement privilégie les travailleurs locaux

Face à la polémique, le gouvernement poursuit sa politique « Locals First ».

Cette stratégie vise à favoriser l’embauche des citoyens sud-africains.

Dans le même temps, les autorités reconnaissent que certains secteurs restent dépendants de la main-d’œuvre étrangère.

Elles ont ainsi prolongé un dispositif facilitant l’obtention de visas de travail pour les entreprises qui emploient majoritairement des Sud-Africains et investissent dans la formation.

Les professionnels réclament une solution régionale

Les représentants du secteur agricole proposent une autre approche.

Ils souhaitent la création d’un programme officiel de travailleurs saisonniers.

Ce dispositif permettrait de recruter temporairement des ouvriers issus des pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).

Selon les données officielles, plus de 60 % des migrants présents en Afrique du Sud proviennent de cette organisation régionale.

La peur pousse de nombreux migrants au départ

Au-delà des questions administratives, de nombreux migrants évoquent un sentiment d’insécurité.

La police a recensé quatre décès liés à des violences xénophobes.

Wayne Chimbadzwa Mutasa, un travailleur zimbabwéen installé depuis 2014 à Robertson, affirme avoir quitté le pays après une opération policière visant des logements occupés par des migrants.

D’autres, comme Aaron Majatamhe, restent sur place malgré leurs inquiétudes.

Ils expliquent ne pas disposer des moyens financiers nécessaires pour rentrer dans leur pays d’origine.

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