Après les révélations d’une enquête internationale sur la présence présumée d’uranium dans des cargaisons de cobalt congolais destinées à l’exportation, le gouvernement de la République démocratique du Congo réagit. Kinshasa conteste certains éléments de l’étude scientifique à l’origine des révélations, tout en annonçant une campagne de vérification analytique et la mise en place d’un groupe de travail interministériel.
Kinshasa pointe des « limites méthodologiques »
Le gouvernement congolais sort ainsi de son silence. Dans un communiqué publié jeudi 6 août par le ministère de la Communication, Kinshasa dit avoir pris connaissance des conclusions d’une étude scientifique publiée le 30 juillet dans la revue Nature Communications.
Cette étude constitue l’un des principaux éléments sur lesquels s’appuie une enquête menée par Lighthouse Reports, Le Monde et le Financial Times sur les exportations de cobalt congolais contenant potentiellement de l’uranium.
Toutefois, le gouvernement congolais appelle à la prudence. Il souligne notamment ce qu’il présente comme des « limites méthodologiques » dans l’étude scientifique.
Selon le ministère de la Communication, les chercheurs ont notamment recours à une « modélisation » plutôt qu’à des mesures directes effectuées sur les cargaisons exportées.
De plus, Kinshasa affirme que ses propres analyses ne permettent pas, à ce stade, de confirmer les tendances avancées par l’étude. « L’analyse de composition minérale de nos produits miniers marchands à l’exportation ne corrobore pas les tendances présentées », soutient le ministère.
Le gouvernement annonce une campagne de vérification
Malgré ses réserves, Kinshasa annonce plusieurs mesures pour vérifier les informations révélées par l’étude et l’enquête journalistique.
D’abord, le gouvernement prévoit de lancer une campagne de vérification analytique contradictoire. Cette opération doit permettre de confronter les différentes données disponibles et d’établir avec davantage de précision la composition des produits miniers concernés.
Ensuite, les autorités annoncent la création d’un groupe de travail interministériel. Celui-ci devra notamment évaluer les éventuels risques sanitaires et environnementaux liés à la présence d’uranium dans les minerais exportés.
Le gouvernement prévoit également de rendre les conclusions de ce travail dans un délai de 60 jours.
Enfin, Kinshasa compte solliciter l’appui de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le gouvernement souhaite ainsi bénéficier d’une expertise technique internationale afin d’éclaircir les différentes questions soulevées par les révélations.
Une enquête internationale à l’origine des révélations
Cette réaction intervient quelques jours après la publication d’une enquête de Lighthouse Reports réalisée avec plusieurs médias internationaux.
Selon cette enquête, d’importantes quantités d’uranium auraient quitté la République démocratique du Congo en étant présentées comme un « sous-produit du cobalt ».
Les journalistes s’appuient notamment sur des données scientifiques et des analyses portant sur la composition des minerais concernés. Ils ont par ailleurs annoncé la préparation d’un deuxième volet de leur enquête.
CMOC rejette les accusations
Dans le même temps, le groupe minier chinois CMOC, cité dans l’enquête, rejette les accusations portées contre son site de Tenke Fungurume, situé dans la province du Lualaba.
Il y a six jours, l’entreprise contestait notamment les affirmations faisant état d’un dépassement des seuils d’uranium sur son site.
Ainsi, alors que Kinshasa annonce des vérifications supplémentaires, le débat reste ouvert sur la présence et les conditions d’exportation de l’uranium associé au cobalt congolais. Les résultats de la campagne annoncée par les autorités, ainsi que l’éventuel appui de l’AIEA, pourraient permettre d’apporter des éléments de réponse aux interrogations soulevées par l’enquête.

