Les révélations du Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, sur de présumés manquements dans le retrait de Kosmos Energy du bloc gazier Yakaar-Teranga continuent de susciter de vives réactions. Au cœur de la controverse : une somme de 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de FCFA, que l’État du Sénégal aurait perdu. Une version contestée par l’ancien directeur général de Petrosen, Alioune Guèye.

Le dossier du retrait de la compagnie américaine Kosmos Energy du bloc gazier Yakaar-Teranga s’invite désormais au centre du débat public.

Lors de sa présentation de la politique du gouvernement devant les députés, mardi à Dakar, le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, a évoqué des « manquements à corriger » dans la gestion de ce dossier stratégique.
Selon lui, ces manquements concernent notamment le recouvrement d’indemnités qui devraient revenir à l’État du Sénégal à l’expiration du contrat prévue en juillet 2026. Le montant est estimé à 55 millions de dollars, soit environ 30 milliards de francs CFA.

La société civile réclame des éclaircissements

Ces déclarations ont rapidement alimenté une polémique dans la presse et au sein de l’opinion publique.
Selon WalfQuotidien, la société civile appelle notamment l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) à se saisir du dossier afin de faire toute la lumière sur cette affaire.
L’enjeu est désormais de déterminer si l’État du Sénégal disposait effectivement d’une créance de 55 millions de dollars et, dans l’affirmative, dans quelles conditions cette somme n’aurait pas été recouvrée.
Mais cette version est formellement contestée par l’ancien directeur général de Petrosen, Alioune Guèye.

Alioune Guèye conteste l’existence d’une créance

Dans des propos rapportés par WalfQuotidien, l’ancien patron de Petrosen affirme qu’aucune somme de 55 millions de dollars n’était due à l’État du Sénégal.
« Les 55 millions de dollars n’existent pas. Ce n’est pas vrai », soutient-il.
Selon lui, le montant évoqué correspond plutôt à un engagement minimum de dépenses inscrit dans le décret n°2024-713 du 13 mars 2024, dans le cadre de la période de prorogation consacrée aux études de développement du projet.
« Un engagement de dépenses n’est pas une créance. Personne ne doit 55 millions à l’État parce qu’un décret a fixé un plancher de dépenses pour une période d’études », a-t-il expliqué.
Pour Alioune Guèye, il est donc nécessaire de distinguer une obligation de dépenses prévue dans le cadre d’un programme de travail d’une indemnité ou d’une créance directement exigible par l’État.

Une controverse qui prend une dimension politique et judiciaire

Le débat prend désormais une nouvelle dimension.
Le Quotidien fait également état d’une vive polémique autour du retrait de Kosmos Energy du bloc Yakaar-Teranga.
Mis en cause à travers les déclarations du Premier ministre, l’ancien directeur général de Petrosen rejette ce qu’il qualifie de « contrevérités » et conteste l’interprétation faite du montant de 55 millions de dollars. De son côté, L’Observateur estime que cette affaire pourrait connaître des suites judiciaires.
Selon le journal, l’Inspection générale d’État (IGE), qui aurait été activée sur instruction du chef de l’État, devra notamment reconstituer la chaîne des responsabilités et déterminer les conditions exactes dans lesquelles le dossier a été géré.

Le défi de faire toute la lumière

Au-delà de la polémique, le dossier Yakaar-Teranga soulève une question essentielle : le Sénégal a-t-il réellement perdu près de 30 milliards de FCFA dans le retrait de Kosmos Energy, ou s’agit-il d’une interprétation différente des engagements financiers prévus dans les accords et textes réglementaires ?

Les conclusions des investigations attendues devraient permettre de clarifier cette controverse.
Elles devront notamment établir la nature juridique exacte des 55 millions de dollars évoqués, les obligations contractuelles des différentes parties et les éventuelles responsabilités dans la gestion du retrait de la compagnie américaine. Dans un contexte où la transparence dans la gestion des ressources pétrolières et gazières constitue un enjeu majeur pour le Sénégal, l’affaire Yakaar-Teranga apparaît désormais comme un nouveau dossier sensible.

Entre accusations de manque à gagner et contestation de l’existence même d’une créance, les prochaines investigations seront déterminantes pour établir les faits et situer les responsabilités.

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