La dette publique française a poursuivi sa progression au deuxième trimestre 2026, atteignant près de 3 600 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, selon les chiffres publiés mardi 29 septembre par l’Insee. Le gouvernement prévoit une nouvelle hausse dans les prochaines années, à quelques mois de l’élection présidentielle.
Entre avril et juin, l’État a emprunté 53 milliards d’euros supplémentaires, tandis que la Sécurité sociale a accru son besoin de financement de 8,4 milliards. À l’inverse, les administrations publiques locales ont réduit leur endettement de 1,7 milliard d’euros.
Un niveau qui devrait encore progresser
Le gouvernement prévoit désormais que le ratio atteindra 121,7 % du PIB en 2027, soit plus du double du seuil de 60 % fixé par les règles européennes. Ce niveau serait inédit depuis le début de cette série statistique en 1978.
La France peine également à réduire son déficit public, attendu à 5,4 % du PIB en 2026, contre 5 % initialement espérés. Dans la zone euro, seuls la Grèce et l’Italie affichent un ratio supérieur.
Cette situation pèse aussi sur le coût du financement de l’État. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, estime que les intérêts atteindront 91 milliards d’euros en 2027.
Les investisseurs restent attentifs
Le coût des emprunts français augmente également. Lundi 28 septembre, le taux des obligations à dix ans s’établissait à 4,7 %, contre environ 3,6 % pour les titres allemands. L’écart entre les deux pays atteint ainsi son niveau le plus élevé depuis 2012.
Pour Éric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg, cette évolution s’inscrit en partie dans un mouvement mondial de hausse des taux. L’inflation liée à la crise énergétique, les anticipations concernant les décisions des banques centrales et la forte demande de financement des États et des entreprises contribuent notamment à cette tendance.
Mais les investisseurs surveillent aussi la capacité de la France à stabiliser ses comptes. Selon l’économiste, ils continuent de financer le pays, mais exigent désormais une rémunération plus élevée.
La confiance au cœur des préoccupations
David Jourdan, directeur de la gestion crédit chez Ecofi, estime que les marchés évaluent surtout la soutenabilité de la trajectoire budgétaire et la capacité politique à la corriger.
La charge des intérêts représente aujourd’hui environ 2,5 % du PIB, contre 1,2 % en 2020. Certains fonds spéculatifs pourraient par ailleurs accentuer la volatilité du marché obligataire en multipliant les opérations à très court terme.
Pour Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à Rexecode, la France conserve sa capacité à honorer ses engagements, mais elle reste exposée à une éventuelle crise de confiance.
Le budget sous haute surveillance
Dans ce contexte, le projet de budget présenté jeudi 1er octobre sera particulièrement scruté par les investisseurs. Le gouvernement prévoit environ 54 milliards d’euros d’effort budgétaire afin de réduire le déficit.
À quelques mois de la présidentielle, la trajectoire budgétaire et le coût croissant du financement de l’État devraient ainsi occuper une place importante dans le débat économique.
