L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, mercredi 30 septembre 2026, la proposition de loi n°39/2026 relative à la santé en milieu carcéral. Le texte intervient dans un contexte marqué par la surpopulation des prisons et la forte pression exercée sur leurs services de santé. Fin décembre 2025, le Sénégal comptait 15 462 personnes détenues, selon l’Observatoire national des lieux de privation de liberté (ONLPL).

Une nouvelle étape a été franchie dans l’encadrement de la santé en milieu carcéral. Les députés ont adopté à l’unanimité la proposition de loi n°39/2026, en présence du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Ibrahima Sy.

Le texte vise à établir un cadre normatif garantissant aux personnes privées de liberté un accès équitable aux soins, dans le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.

15 462 détenus fin 2025

L’adoption de cette loi intervient dans un contexte de forte pression sur le système pénitentiaire.
Le rapport annuel 2025 de l’ONLPL fait état de 15 462 personnes détenues à la dernière semaine de décembre 2025. Parmi elles, 6 493 se trouvaient dans les établissements pénitentiaires de Dakar.

Les quatre prisons dakaroises étudiées par l’ONLPL regroupaient à elles seules 5 139 détenus. Le taux moyen de surpeuplement y atteignait 233,5 %.

Cette forte densité se répercute directement sur les services sanitaires des établissements pénitentiaires.

Jusqu’à 60 patients par jour à Tambacounda

Lors de visites effectuées dans cinq établissements — Rufisque, Foundiougne, Tivaouane, Tambacounda et le Camp pénal de Liberté VI — l’ONLPL a constaté une importante fréquentation des services de soins.
À Tambacounda, l’infirmerie reçoit environ 60 détenus malades par jour. Au Camp pénal de Liberté VI, entre 30 et 40 patients sont accueillis quotidiennement.

À Rufisque, Foundiougne et Tivaouane, la fréquentation tourne autour de 30 patients par jour.
Dans plusieurs de ces établissements, les équipes médicales comptent rarement plus de trois agents. Cette situation pose la question de l’adéquation entre les effectifs disponibles et les besoins sanitaires des détenus.

Des conditions matérielles préoccupantes

La pression ne concerne pas uniquement le nombre de patients.
L’ONLPL relève également des difficultés liées aux locaux et aux équipements. Certaines salles de soins sont jugées exigües. Dans certaines prisons, la salle de soins sert également de salle d’observation.

Cette situation a notamment été constatée à Tivaouane et à Rufisque.

L’hygiène et l’assainissement constituent également des points de vigilance. Le rapport signale des difficultés liées à l’accès à l’eau et à l’état des installations sanitaires. Au Camp pénal de Liberté VI et à la Maison d’arrêt et de correction de Tambacounda, l’ONLPL fait notamment état de l’utilisation de sacs de riz vides comme portes de toilettes. L’institution estime que cette situation présente des risques sanitaires pour les personnes détenues.

La situation dans les cellules disciplinaires

Les conditions de détention disciplinaire soulèvent également des préoccupations sanitaires.

Dans quatre établissements — Rebeuss, Rufisque, le Camp pénal de Liberté VI et le Cap Manuel — l’ONLPL a relevé un taux de 60 % de non-conformité sur les cinq indicateurs étudiés.
Le rapport mentionne notamment des cellules insuffisamment ventilées, des difficultés d’accès à l’eau et à l’hygiène ainsi qu’un suivi médical qui n’est pas toujours suffisamment documenté.

Les personnes placées en cellule disciplinaire peuvent, par ailleurs, rester isolées pendant 22 heures par jour ou davantage.

Un cadre juridique pour renforcer l’accès aux soins

Pour les députés, l’adoption de la proposition de loi constitue une étape dans l’amélioration de la prise en charge sanitaire des personnes détenues.
Le texte fixe les principes fondamentaux et les garanties applicables à la santé en milieu carcéral. Il vise également à inscrire cette prise en charge dans le respect des engagements internationaux et régionaux du Sénégal.

Sont notamment concernés les Règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, dites « Règles Mandela », ainsi que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
En vertu des articles 67 et 76 de la Constitution, les modalités relatives à l’organisation des services, à leur personnel et à leurs équipements relèveront des autorités compétentes.

Le défi de la mise en œuvre

Le rapport annuel 2025 de l’ONLPL, remis officiellement au président de la République le 23 juillet 2026, avait formulé plusieurs recommandations concernant les conditions de prise en charge des personnes privées de liberté.

L’adoption de la nouvelle loi intervient donc face à un double défi : la surpopulation carcérale et la capacité des structures sanitaires à répondre à une demande importante.
La prochaine étape sera celle de la mise en œuvre. L’effectivité du nouveau cadre juridique dépendra notamment des moyens consacrés aux soins, au personnel médical, aux équipements, à l’hygiène et à l’assainissement dans les établissements pénitentiaires.

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