Six mois après la promulgation de la loi instituant un poste de vice-président de la République, le Cameroun n’a toujours pas nommé de titulaire à cette fonction. Alors que le pouvoir présente cette réforme comme un mécanisme de continuité au sommet de l’État, l’absence de nomination alimente les spéculations politiques et les interrogations sur la succession de Paul Biya.

Une nomination toujours attendue

Le 4 avril dernier, le Parlement camerounais, réuni en Congrès, a adopté le texte instituant le poste de vice-président de la République. Dix jours plus tard, le chef de l’État a promulgué cette loi, qui lui confère le pouvoir de nommer et de révoquer le titulaire de cette nouvelle fonction.

Selon les dispositions prévues, le vice-président doit notamment achever le mandat présidentiel en cours en cas de vacance du pouvoir. Cette disposition place donc le poste au cœur du dispositif de continuité institutionnelle du pays.

Toutefois, six mois après la promulgation de la loi, Paul Biya n’a toujours pas procédé à cette nomination. Ce retard suscite de nombreuses interrogations, d’autant que cette nouvelle fonction pourrait jouer un rôle déterminant dans l’organisation de la succession à la tête de l’État.

Dès l’adoption de la réforme, les spéculations ont d’ailleurs envahi l’espace public. Plusieurs noms ont circulé dans la presse, tandis qu’une partie de l’opinion attendait de connaître l’identité de celui qui pourrait occuper ce poste stratégique, dans un contexte marqué par les interrogations autour de l’après-Biya.

Cette impatience a même donné lieu à un épisode controversé. Le 12 juin dernier, un individu, depuis placé en détention, a tenté de faire diffuser sur les ondes de la radio nationale un faux décret annonçant la nomination du vice-président.

Une réforme qui divise la classe politique

Sur le plan politique, la création du poste de vice-président a suscité des réactions contrastées. Une partie de l’opposition a vivement contesté la révision constitutionnelle. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), notamment, a dénoncé une réforme qu’il juge anticonstitutionnelle.

À l’inverse, d’autres responsables politiques réclament désormais la nomination du titulaire de cette fonction. C’est notamment le cas de Cabral Libii, président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), qui met en garde contre les risques liés au maintien de ce poste vacant.

Selon cette position, l’absence de vice-président pourrait fragiliser le dispositif de continuité du pouvoir, particulièrement dans un contexte où l’état de santé de Paul Biya et ses absences alimentent régulièrement les débats publics.

L’après-Biya au cœur des interrogations

Ainsi, au-delà de la question juridique et institutionnelle, l’absence de nomination nourrit les discussions sur l’avenir politique du Cameroun. Alors que la loi prévoit désormais un mécanisme destiné à assurer la continuité du pouvoir en cas de vacance présidentielle, le chef de l’État n’a toujours pas désigné celui qui devra occuper cette fonction.

En attendant une éventuelle décision présidentielle, le poste de vice-président demeure vacant, laissant persister les incertitudes autour de la mise en œuvre de cette réforme et de ses implications pour l’avenir des institutions camerounaises.

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