À quelques jours des élections locales prévues le mercredi 4 novembre, la question migratoire s’impose au cœur du débat politique en Afrique du Sud. Alors que les manifestations contre les migrants en situation irrégulière se multiplient, plusieurs organisations de la société civile tentent de faire entendre un discours de tolérance et de solidarité. Toutefois, leurs initiatives peinent à rivaliser avec la mobilisation des mouvements anti-immigration.
La question migratoire s’invite dans la campagne électorale
En Afrique du Sud, la campagne pour les élections locales entre dans sa dernière ligne droite. Ce mercredi 4 novembre, les électeurs se rendront aux urnes pour renouveler les conseils municipaux du pays.
Cependant, un sujet domine largement les débats : l’immigration. Bien que cette question ne relève pas directement des compétences des pouvoirs locaux, elle occupe une place importante dans les discours politiques et les mobilisations populaires.
En effet, ces derniers mois, plusieurs manifestations contre les migrants en situation irrégulière ont secoué le pays. Face à cette montée des discours hostiles aux étrangers, de petites organisations tentent de promouvoir la coexistence pacifique et de dénoncer la xénophobie.
C’est notamment le cas de Siyafana Sonke, qui organise régulièrement des actions de sensibilisation contre les discours de haine. Parmi ses militantes, Shelley-Anne Abrahamse défend une position fondée sur son histoire familiale.
« Je viens d’une famille sud-africaine qui a dû fuir le régime de l’apartheid, avant ma naissance, pour se réfugier en Zambie. Est-ce qu’on m’a fait sentir que j’étais étrangère là-bas ? Non ! Alors, quand je vois des gens agir ainsi ici, j’ai honte d’être Sud-Africaine », témoigne-t-elle.
Les organisations anti-xénophobes peinent à mobiliser
Malgré leurs efforts, les organisations qui défendent les droits des migrants peinent à mobiliser autant que les mouvements hostiles à l’immigration. Leurs actions restent notamment moins visibles que les grands rassemblements organisés par « March and March », un mouvement opposé à l’immigration irrégulière.
Zintle Tyuku, membre de l’organisation Amandla.mobi, déplore cette disproportion et appelle à mettre fin aux discours de haine.
« Cette campagne de haine doit prendre fin. Nous essayons de faire évoluer le discours et de montrer que nous ne sommes pas tous d’accord avec les persécutions dont certaines personnes sont victimes », explique-t-elle.
Ainsi, malgré les initiatives de la société civile, les messages de solidarité peinent encore à trouver un écho auprès d’une partie de la population.
Les partis politiques privilégient les discours anti-immigration
Sur le terrain politique également, les défenseurs des migrants disposent de peu de soutiens. Loren Landau, professeur au sein de l’African Centre for Migration and Society, souligne que la plupart des formations politiques adoptent des positions restrictives sur l’immigration.
Selon lui, les Combattants pour la liberté économique (EFF) constituent le seul parti à afficher ouvertement une position favorable aux migrants. Toutefois, ce discours peine à toucher une large partie de l’électorat.
Il observe également que plusieurs partis condamnent les violences commises par le mouvement « March and March », tout en présentant l’immigration comme un problème pour le pays.
Cette attitude contribue ainsi à maintenir la question migratoire au centre du débat électoral, au détriment des messages de tolérance et d’inclusion.
Les autorités renforcent les mesures de sécurité
Face à la multiplication des violences xénophobes, les autorités sud-africaines ont également pris des mesures sécuritaires. Le président a notamment décidé de déployer l’armée dans la région de Durban afin de prévenir de nouveaux incidents durant cette période électorale.
Par ailleurs, la justice a encadré les manifestations du mouvement « March and March ». Elle lui a notamment interdit de poursuivre ses rassemblements après 16 heures et de porter des armes traditionnelles, notamment des bâtons.
Dans ce contexte tendu, les organisations anti-xénophobes poursuivent leur mobilisation pour défendre les droits des migrants. Reste à savoir si leurs appels à la tolérance parviendront à trouver davantage d’écho dans le débat public, alors que les électeurs s’apprêtent à choisir leurs représentants locaux.
