Des milliers de personnes ont manifesté mardi dans plusieurs villes d’Afrique du Sud pour réclamer l’expulsion des migrants en situation irrégulière. Organisés par des mouvements anti-immigration, ces rassemblements se sont déroulés sous un important dispositif de sécurité, alors que les autorités redoutaient des violences similaires à celles qui avaient secoué le pays en 2021.
Une journée de mobilisation nationale
Les mouvements opposés à l’immigration ont organisé une journée de manifestations à l’échelle nationale, coïncidant avec l’échéance qu’ils avaient fixée aux étrangers en situation irrégulière pour quitter volontairement le territoire sud-africain.
Les rassemblements ont réuni plusieurs milliers de participants dans différentes villes du pays. Si la plupart des cortèges se sont déroulés sans incidents majeurs, quelques actes de violence isolés et plusieurs interpellations ont été signalés.
Craignant une résurgence des troubles qui avaient fait plus de 350 morts lors des émeutes de juillet 2021, les autorités ont renforcé leur dispositif sécuritaire. Des policiers et des militaires ont notamment été déployés durant la nuit à Johannesburg et à Durban afin de prévenir tout débordement.
Durban, principal foyer de la contestation
La plus importante mobilisation s’est tenue à Durban, où plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans une atmosphère tendue mais globalement maîtrisée.
Nombre d’entre eux portaient des tenues traditionnelles zouloues et arboraient des lances, des boucliers ainsi que des fouets, symboles culturels largement utilisés lors des rassemblements communautaires.
Tout au long du parcours, des groupes de manifestants se sont arrêtés devant plusieurs immeubles qu’ils soupçonnaient d’abriter des migrants en situation irrégulière.Les manifestants ont appelé les occupants à quitter les lieux. « Nous savons qu’ils vivent dans ces immeubles », a affirmé l’un des participants, tandis que les forces de l’ordre n’ont signalé aucun affrontement direct.Nous leur demandons de partir. Nous ne voulons pas de violence, mais ils doivent quitter le pays », a déclaré l’un des participants.
Les organisateurs accentuent la pression sur le gouvernement
Prenant la parole devant les manifestants à Durban, Jacinta Ngobese-Zuma, dirigeante du mouvement anti-immigration March and March, a appelé le gouvernement à accélérer les expulsions des étrangers en situation irrégulière.
Elle a plaidé pour une campagne de reconduites à la frontière au cours des six prochains mois, un renforcement des contrôles aux frontières ainsi qu’une réforme visant à réserver davantage les activités économiques des townships aux citoyens sud-africains.
Les organisateurs ont indiqué qu’un mémorandum regroupant leurs principales revendications serait remis aux autorités.
Un climat de méfiance pour les communautés étrangères
Les manifestations ont renforcé le sentiment d’insécurité au sein des communautés étrangères installées en Afrique du Sud. La plupart des migrants ont préféré rester confinés chez eux pendant les rassemblements.
Certains ont toutefois rejeté les accusations selon lesquelles ils seraient responsables du chômage ou de la précarité économique.« Nous avons construit nos commerces grâce à notre travail. Nous ne volons les emplois de personne », a déclaré un commerçant nigérian interrogé à Durban.
Les forces de l’ordre sont intervenues à plusieurs reprises pour empêcher toute escalade, notamment lorsqu’un résident a répondu aux manifestants depuis le balcon d’un immeuble.
Une enquête ouverte après la mort d’un ressortissant étranger
La police sud-africaine a annoncé l’ouverture d’une enquête après le décès d’un ressortissant étranger à Durban.
Selon les premiers éléments communiqués par les autorités, l’homme serait tombé du huitième étage d’un immeuble après avoir cru que des manifestants le poursuivaient. Les circonstances exactes de ce drame restent à établir.
Des rapatriements se poursuivent
Dans ce contexte de tensions, plusieurs pays africains, notamment le Nigeria, le Malawi, le Ghana, le Zimbabwe et le Mozambique, poursuivent l’organisation de vols et de convois destinés au rapatriement volontaire de leurs ressortissants.
Le ministère sud-africain de la Justice a annoncé que près de 4 200 ressortissants étrangers étaient récemment rentrés dans leur pays d’origine dans le cadre de ces opérations. Les autorités ont également expulsé 419 autres personnes en situation irrégulière.
Cette nouvelle mobilisation met en lumière la pression croissante exercée sur le gouvernement sud-africain concernant la gestion des flux migratoires. Dans un pays confronté à un chômage massif, à une croissance économique atone et à de profondes inégalités sociales, la question de l’immigration demeure l’un des sujets les plus sensibles du débat public.
