Des performances économiques qui interrogent
Chaque fois que l’on met en avant les performances économiques de certains pays africains, les mêmes indicateurs reviennent : croissance soutenue, investissements étrangers en hausse, infrastructures modernes, routes, ponts et échangeurs. Les institutions internationales saluent ces résultats et les gouvernements s’en félicitent. Pourtant, une question persiste : si les économies progressent, pourquoi autant de jeunes continuent-ils de risquer leur vie pour partir ?
Cette interrogation ne vise ni le Sénégal, ni la Côte d’Ivoire, ni le Maroc, ni un autre pays en particulier. Elle renvoie à une réalité qui concerne une grande partie du continent.
La croissance ne garantit pas le bien-être
Plusieurs pays africains affichent de solides performances économiques, tout en voyant leur jeunesse rêver d’un avenir ailleurs. Ce constat n’a rien de contradictoire.
La croissance mesure la richesse produite par un pays, mais elle ne renseigne pas sur sa répartition. Elle ne dit pas si un jeune diplômé trouve un emploi décent, si un entrepreneur peut développer son activité sans obstacles majeurs, ou si une famille peut accéder à un logement abordable. Elle ne reflète pas non plus la perception quotidienne des citoyens face aux bénéfices du développement.
Or, la jeunesse recherche avant tout des perspectives concrètes, des opportunités réelles et un horizon d’avenir.
Les aspirations progressent plus vite que les opportunités
Les jeunes ne quittent pas toujours leur pays parce qu’il est le plus pauvre. Ils partent souvent parce qu’ils pensent pouvoir construire une vie meilleure ailleurs.
L’histoire montre que même des économies en forte croissance connaissent d’importants mouvements migratoires. Les aspirations évoluent parfois plus rapidement que les opportunités disponibles. À mesure que les jeunes accèdent à l’éducation, à Internet et aux réseaux internationaux, ils comparent naturellement leur avenir local aux possibilités offertes à l’étranger.
La concurrence entre les États ne repose donc plus uniquement sur le taux de croissance. Elle dépend aussi de leur capacité à retenir leurs talents.
Le véritable défi : donner envie de rester
Lorsqu’un pays voit partir une part importante de sa jeunesse, il doit chercher à comprendre les raisons de cette décision plutôt que de juger ceux qui partent.
Le développement ne se mesure pas seulement à la modernité des infrastructures ou à la hauteur des immeubles. Il se mesure aussi à la capacité d’un pays à offrir à ses citoyens les conditions nécessaires pour réussir, entreprendre et fonder une famille dans la dignité.
Le jour où une majorité de jeunes estimera pouvoir réaliser ses ambitions sans quitter son pays, la croissance économique aura pleinement atteint son objectif.
La jeunesse, première richesse des nations
La véritable richesse d’un pays ne réside ni dans ses ressources naturelles, ni dans son pétrole, ni dans son cacao. Elle réside dans sa jeunesse.
Le plus grand succès d’un État consiste à créer les conditions qui permettent à cette jeunesse de croire en son avenir, de saisir des opportunités et de choisir librement de construire son destin chez elle.
